Visite chez CS Musique, facteur de cuivres et bois

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat

Biscarrosse, 10 septembre 2024.

Action Jazz s’est rendue à Biscarrosse, station balnéaire landaise réputée et haut lieu de l’hydraviation. Pas de plage ni de décollage au programme mais une visite chez Cédric Sourdouyre de l’atelier CS Musique. Ici on fabrique, on entretient, on répare, on customise des trompettes, trombones, saxophones et autres instruments à vent… CS Musique avait exposé lors du tremplin Action Jazz en janvier 2024 au Rocher de Palmer.

C’est dans son local moderne pas encore totalement terminé que Cédric nous accueille. Présentoir garni de boites d’anches, de ligatures et becs de saxophones, d’embouchures , de lubrifiants pour pistons de trompettes et derrière l’atelier qui de loin pourrait passer, avec tous les tubes de cuivres alignés, pour celui d’un plombier. Ici on travaille en effet le cuivre mais pas seulement, on va le voir.

AJ : Merci Cédric de nous recevoir. Donc ici tu répares, entretiens, customises des cuivres et bois et tu fabriques aussi des instruments, mais « juste » des trombones.

CS : oui je fabrique un trombone « simple » que j’ai conçu, le modèle Alpha. C’est donc un trombone français au design unique avec des formes différentes de la coulisse de jeu et de celle d’accord. Les coudes ne sont pas ronds mais disymétriques ce qui accélère la vitesse du son. Les entre-deux (renforts) sont en plexiglass pour donner un effet de transparence et évitent le contrepoids servant à l’équilibre de l’instrument. La coulisse est toujours en laiton et sur cette version (encore en montage) j’ai fait un custom avec un marbrage et de la feuille d’or. Les trombonistes choisissent leur finition.

AJ : tu nous avais aussi parlé de fibre de carbone ?

CS : oui, on peut mettre les entre-deux en fibre de carbone en effet, on peut les mettre en bois aussi

AJ : c’est donc ce modèle qui a été lauréat du projet FEDER, Fond Européen de Développement Régional pour son design et ses innovations.

CS : oui, j’ai répondu à l’appel de projet et j’ai été choisi. Pour ce trombone j’ai repris le son des vieux Selmer Boléro qui fonctionnaient très bien en jazz avec leur petite perce (diamètre intérieur des tuyaux)

AJ : dis-nous en un peu plus sur cette perce

CS : la petite perce est spécifique au jazz, en lead notamment, on n’en utilise quasiment pas en musique classique.

AJ : trombone à coulisse donc, pas à pistons

CS : pas de piston mais un barillet pour le trombone »complet » qui permet d’élargir la tessiture. Il est actionné par ce petit levier, ça évite une trop longue coulisse et réduit l’amplitude du bras, c’est pour les fainéants plaisantent les trombonistes !

AJ : tu es en contact avec un tromboniste qui monte en ce moment, Robinson Khoury ?

CS : il tourne tellement qu’on a du mal à se voir ; il attend d’essayer le Alpha qui l’intéresse vraiment pour le valider. D’autres musiciens sont intéressés même certains déjà endorsés par Yamaha. Ils aiment ce côté design personnalisable ce qu’ils n’ont pas chez ces gros fabricants industriels et cette proximité avec l’artisan. Cette proximité m’intéresse à moi aussi.

AJ : tu fais tout de A à Z ?

CS : quasiment, je fais faire les pavillons, mais je taille et cintre les tubes, les forme, j’en fabrique aussi à partir de plaques de laiton que je roule puis soude à l’argent. Pour cintrer je remplis les tubes de Cerrobend (alliage assez mou dès 60°C, composé de bismuth, de plomb, d’étain et de cadmium) pour éviter l’écrasement.

AJ : tu as commencé cette activité en quelle année ?

CS : en 2016 et ici en 2019, auparavant j’étais à Toulouse dans un vieil atelier où j’ai terminé ma formation professionnelle . J’ai appris au centre de formation du Mans, l’ITEMM , la seule école diplômante de France où on entre sur concours. J’ai un CAP Cuivres et Bois mais la formation par apprentissage ensuite est nécessaire, le métier c’est beaucoup de transmission. J’étais très content d’être chez Duclau Muscat à Toulouse pour cela.

AJ : les trompettes c’est différent ?

CS : oui la différence majeure ce sont les pistons

Une Bach est en cours de customisation, tubes en maillechort, finition vernis mat.

AJ : il y a beaucoup de musiciens qui customisent ?

CS : oui, de plus en plus , c’est leur joujou et les fabricants ne proposent que rarement des customs. J’ai fait le sax de Guillaume Perret, un Mark VI avant qu’il ait son Suprême, tout en feuille d’or avec l’intérieur du pavillon en rouge oxydé. Je travaille aussi avec pas mal d’autres ateliers qui sous-traitent avec moi la customisation.

Sur un établi, attendant sa révision, trône le magnifique alto Selmer Suprême édition limitéee de Jimmy Sax, musicien électro. Voilà une boîte de tampons de saxophone, des modèles américains qui se fixent sur les clés par une petite rotule et métamorphosent de vieux instruments plus « étanches » depuis longtemps.

CS : ces tampons sont magiques, ils sont plus chers mais sur les vieux sax ça fait des miracles.

Cédric nous dévoile son saxophone basse, bien plus gros qu’un baryton et dans une magnifique livrée noire

CS : ça pèse une âne mort, on le joue « par terre » avec une béquille. Je le joue avec le big band de l’école de musique de Mios et avec l’harmonie. Je l’ai acheté à un confrère en Allemagne qui l’avait commencé mais jamais fini. Je l’ai terminé moi-même. C’est cool à jouer en plus.

AJ : ça c’est une trompe de chasse ?

CS : oui, j’en répare souvent, ici il y a beaucoup de chasse à courre, elle prennent des coups avec les branches, ou tombent. Là j’ai refait le saxophone de Deluxe ; j’ai refait le pavillon car il avait brûlé avec les feux d’artifice qu’il mettait dedans ! Il y avait un trou dedans !

AJ : que dire des sax chinois bon marché ?

CS : les sax chinois ça commence à être cher maintenant, c’est le Pakistan et l’Inde qui font des instruments bon marché. Mais même pour apprendre ce n’est pas bon. Il vaut mieux avoir un Yamaha ou un Selmer, le modèle Jupiter est assez accessible.

AJ : tu t’occupes aussi des clarinettes ?

CS : oui les clarinettes, les flûtes, les cors même les cornemuses ! En voilà une qu’un client a acheté neuve au Pakistan mais qui ne marche pas. Il faut que je me débrouille avec mais c’est une galère !

AJ : merci Cédric de nous avoir consacré ce temps malgré tout le travail que tu as. Tu es seul d’ailleurs ?

CS : oui mais je ne vais pas y arriver et demain je reçois une jeune femme pour un éventuel contrat d’apprentissage.

Voilà, notre visite se termine après la découverte d’un très beau métier. Que des jeunes se décident à suivre cette filière, au vu de la passion de Cédric et de la beauté du travail cela ne peut être qu’intéressant.

N’hésitez pas à aller voir le site web de CS Musique : https://www.csmusique.com/