Stéphane Séva quintet à Coutras Jazz Vibration
Par François Laroulandie, photos Fred Boudou
Coutras Jazz Vibration, samedi 24 janvier 2026
Stéphane Séva était l’invité de Coutras Jazz Vibration, ce samedi 24 janvier 2026 au centre culturel Maurice Druon : du swing et de la sensualité…
Stéphane Séva, chant, arrangements, mise en scène, washboard, percussions / Samantha Grassian, danse, chant / Hervé Saint-Guirons, piano / Yann Pénichou, guitares / Laurent Vanhée, contrebasse / Didier Ottaviani, batterie
« Ceci n’est pas un concert » : c’est l’invitation à un voyage dans les années folles, bercées par les voix des crooners de la belle époque du swing. C’est la rencontre revisitée des textes de Claude Nougaro, Michel Legrand, Serge Gainsbourg, Boris Vian, Henri Salvador, ces figures incontournables de la chanson française qui à des degrés divers ont tissé des liens avec l’univers du jazz. Des chansons françaises donc, mais pas seulement : une mise en scène élaborée rappelant les années trente et quarante, à commencer par quelques accessoires évocateurs dont le micro vintage du chanteur.
Stéphane Séva, spécialiste de washboard, cette planche à laver que l’on frotte avec les doigts munis de dés à coudre, instrument rythmique de la Nouvelle Orléans, « chanteur et gratteur de tôle » comme il se définit lui-même, est aussi un passionné des univers de Nat King Cole ou Frank Sinatra. Il recrée à sa façon la rencontre de la chanson française avec les musiques d’outre atlantique qui l’ont souvent inspirée, en réinterprétant ces textes du patrimoine hexagonal de la chanson transposés dans l’univers d’un jazz résolument swing. Une manière de retour aux sources et un hommage à ces artistes emblématiques ; et pour l’accompagner dans ce voyage, quatre musiciens incontournables des scènes régionales (mais pas seulement) que nous avons toujours plaisir à retrouver.
Claude Nougaro est à l’honneur ce soir avec en ouverture ‟Le chatˮ, un texte truffé de métaphores, porté par la voix chaude, le phrasé généreux de Stéphane Séva, soutenu par un quartet habitué à jouer ensemble, et cela s’entend. La rythmique est diablement efficace entre Laurent Vanhée et Didier Ottaviani ; Hervé Saint-Guirons est ce soir au piano et Yann Pénichoux à la guitare électrique aux accents blues.
La sensualité, thème annoncé de la soirée, est dans l’introduction langoureuse, balais et douceurs complices du deuxième titre ‟Le cinémaˮ, aussi dans la lenteur entretenue de l’interprétation d’une ‟Javanaiseˮ en ballade envoûtante. ‟Sensuelˮ, titre du spectacle et de l’album enregistré en 2025 par Stéphane Séva, est aussi une chanson de Claude Nougaro. Je comprends à cet instant le sens de ces ailes d’ange en plumes négligemment posées sur une paire de congas : évocation des revues de music hall de ces années folles évidemment, mais pas seulement, un spectacle je vous ai dit, avec ses surprises… et aussi, ce solo fabuleux rock blues ponctué de glissandos de Yann à l’électrique, un régal !
Stéphane se fait, et nous fait plaisir, chante et joue ces titres, certains connus d’autres beaucoup moins, prête sa voix de crooner à un répertoire emblématique de la chanson française. Après ‟Un étéˮ et le beau solo de contrebasse de Laurent, acclamé comme il se doit, ‟Syracuseˮ, fameux titre de Henri Salvador comme je ne l’avais encore jamais entendu, ça swingue fort, donne envie de se lever et danser. Stéphane décidément en forme se lance dans un scat convaincant, avant de s’installer aux congas pour un final instrumental ébouriffant.
En passant par les années trente, avec une version jazz swing de ‟Puisque vous partez en voyageˮ, chanson romantique chantée en 1936 par Jean Sablon, comparé parfois à Bing Crosby pour sa voix doucereuse, une interprétation de Stéphane toute en tendre délicatesse.
Comment évoquer les liens de la chanson française avec le jazz sans citer l’un des plus jazz, Boris Vian ? Stéphane interprète un joli texte qui fait plaisir à entendre et qui n’a rien perdu de sa pertinence, ‟J’aimerais tellement çaˮ, suivi de ‟Place Blancheˮ, dans une version toute personnelle agrémentée de la rythmique syncopée du washboard.
Dernier titre (déjà ?) après présentation des musiciens et remerciements, autre artiste souvent classé du côté variétés mais qui fut aussi un guitariste de jazz, Sacha Distel (écouter My guitar and all that jazz, 33 tours Carrère sorti en 1983) et le titre devenu un standard, ‟La belle vieˮ, ce soir façon jazz club intimiste, ambiance feutrée et guitare électrique caressante, et bien sûr le refrain repris par le public sous le charme.
Au rappel, une chanson de Charles Trénet, enregistrée en 1943 ‟Que reste-t’il de nos amoursˮ, introduite a capella et reprise en duo avec Samatha Grassian en muse de rouge vêtue ayant déposé ses ailes d’ange. Et pour clore ce tour de chant comme il a commencé avec Claude Nougaro, ‟Le coq et la penduleˮ, texte finement ciselé qu’incarne avec un plaisir évident Stéphane Séva.
Une bien sympathique soirée à l’initiative de Coutras Jazz Vibration qui prépare activement son prochain rendez-vous de l’été avec six concerts sur deux jours, à vos agendas…






