Soundscape Quartet au Jeudi du Jazz de Créon
Par François Laroulandie , photos Philippe Marzat
Jeudi 16 octobre 2025
Les Jeudis du Jazz à Créon sont une institution, les rendez-vous incontournables en Entre-deux-mers avec une programmation toujours ouverte aux jazz au pluriel dans une belle ambiance. Ce sont désormais trois dates chaque année, le jeudi précédant les congés scolaires. La première soirée de la série 2025 / 2026 a eu lieu le 16 octobre, en formule cabaret, deux sets et un entr’acte, dégustation de vins du Château des Rochers en biodynamie, plat cuisinés par les bénévoles de Larural. https://www.larural.fr/
Au programme ce soir le Soundscape quartet avec Laurent Maur, harmonicas ; Emilie Calmé, flûtes ; Clément Simon, claviers et synthé-basse ; Curtis Efoua Ela, batterie. Une formation atypique, harmonica et flûte ne sont pas les instruments les plus courants en jazz, et pourtant…
Pour commencer, ‟Marie no la dernière danseˮ, titre issu de l’album La dernière danse, avec Mario Canonge. Batterie et claviers en ouverture, avec la main gauche de Clément Simon le claviériste distillant un riff de basses, vite rejoints par le duo harmonica flûte, solistes et partenaires en conversations contrastées. Les contrastes sont d’ailleurs la marque de fabrique de ce Soundscape quartet : entre les attaques dynamiques de l’harmonica chromatique qui nous rappellent le maître du genre Toots Thielemanns, la légèreté veloutée de la flûte, et une rythmique implacable rehaussée de pulsations infra basses. Le morceau suivant ‟Plagall Boléroˮ confirme ce parti pris de la complémentarité des registres, des timbres, des tempos ; les solos alternant sur fond d’un jazz rock teinté funk au groove imparable. La palette de sons est encore élargie à l’infini avec cet harmonica électronique mutant duquel Laurent Maur tire des ambiances extraterrestres en accords multiples saturés dans ce ‟Que pleurent les angesˮ au tempo de semelles de plomb, habilement contrebalancé par la fraîcheur de la flûte de Emilie Calmé.
Autre ambiance, festive et dansante sur ‟Clara et Germainˮ, au tempo évocateur de biguine étourdissante où flûte et harmonica s’emballent en envolées virtuoses. Et pour terminer ce premier set, ‟Bright Rêverieˮ, un morceau magnifique en partie improvisé, parenthèse de rêveries orientales avec le bansuri, cette flûte indienne au velouté envoûtant entre les doigts de Emilie Calmé et l’étrangeté sonore de l’harmonica synthé. Une ambiance étirée, éthérée, des univers liquides des profondeurs ou des immensités désertiques, un rêve étincelant.
Après la pause dessert, reprise du deuxième set : ‟Ombre et Lumièreˮ, avec cette belle introduction de Clément Simon au piano, morceau tiré de l’album Vin doux, qui joue des oppositions entre les profondeurs telluriques de la rythmique et les espaces intersidéraux évoqués par les instruments à vent. En suivant, un autre titre très dansant sur lequel Laurent Maur nous gratifie d’un solo superbe, et ensuite une belle ballade, toutefois à mon sens un peu trop envahie par le synthé basse, les avis seront partagés à ce sujet.
Puis une composition qui n’est pas de Laurent Maur cette fois mais de Curtis Efoua, ‟Californoisˮ sur une syncope typée electro soutenue enveloppe les chorus de l’harmonica synthé sur un fil de lumière, la flûte en contrepoint sur la batterie discrète, un beau moment. Dernier titre, ‟Loupˮ avec un solo magistral de Curtis Efoua à la batterie.
La salle des Arcades de Créon, habituellement bien pleine était ce soir bien clairsemée, et il a fallu faire du bruit, taper sur les tables pour un rappel qui démarre sur les chapeaux de roues : ‟Dark Rêverieˮ, titre emblématique de l’album en hommage à Sugar Blue, un mélange de blues et de funk electro avec toujours ce contraste entre la rythmique basse nerveuse et la légèreté de la flûte et de l’harmonica, la signature de ce Soundscape quartet.
Prochains rendez-vous des Jeudis du Jazz à Créon, les 5 février Yvan Cujous – Louis Winsberg et 23 avril 2026 Host : venez nombreux !








