Soulac’n Jazz 2026 # 1/4

Par Philippe Desmond, texte et photos

Pour la quatrième édition du festival, les organisateurs Philippe Catherine et Elisabeth Kleinemas ont axé la programmation en partie sur la voix. Estelle Perrault a ainsi ouvert la… voie dès le premier soir. Mais cette année le festival s’est étoffé avec encore plus de off et d’animations dans la ville. Après un été lourd et chargé, se retrouver à Soulac pour ce festival a été une vraie joie.

Jeudi 20 août

Le OFF(ert) : Royal Swing trio

Front de mer

Amélie BARTH : voix / Robin ESCOUDÉ : guitare / Geoffroy BOIZARD : guitare

Le festival off a été bâti de façon à ce que les styles y soient différents pour montrer au grand public, composé de beaucoup de touristes français et étrangers, la diversité de ce qu’on nomme le jazz. C’est du swing manouche qui ouvre ainsi le premier jour avec un trio toulousain auquel un bordelais – une fois n’est pas coutume – Geoffroy Boizard est venu prêter main(s)-forte(s), Tom Bernus étant empêché. Miracle du jazz, talent des musiciens, les deux guitaristes qui ne se connaissaient pas avant ce concert se sont immédiatement entendus accompagnant parfaitement la dynamique chanteuse Amélie Barth et dialoguant ensemble, se passant le lead ou la rythmique avec le plus grand naturel. Découverte ainsi du formidable Robin Escoudé, de la famille du regretté Christian, avec un programme autour de Django bien sûr et de standards à la sauce manouche pour un set qui a séduit le public toujours friand de ce style de musique. Lancement de Soulac’n Jazz réussi dans ce site merveilleux que surveille le phare de Cordouan à l’horizon.

Autour du festival : EHPAD’N Jazz avec Vagues de Jazz quintet

Dominique BRARD : contrebasse / Michel MILLERET : trompette / Éric DUMORA : piano / Jean-Claude JARDINIER : saxophone / Jérôme LATREILLE : batterie

Par choix des organisateurs, le jazz « envahit » la ville, concernant tous les publics, des enfants on le verra, jusqu’aux séniors, notamment les pensionnaires des EHPAD. Ainsi le jeudi après-midi nous retrouvons-nous à l’EHPAD Saint-Jacques de Compostelle, d’autres établissements du coin ayant aussi emmené des pensionnaires, le concert étant aussi ouvert au public. Sous l’ombre bienfaisante des grands arbres du parc, c’est le groupe de bons amateurs médocains, Vagues de Jazz, qui assure le spectacle. Bonne surprise, le programme puise dans les grands titres du be-bop et du hard-bop, des thèmes des années 40 et 50 donc qui, je réalise, ont le même âge que les pensionnaires de l’établissement. Ainsi vont défiler Sonny Rollins, Horace Silver pour « Song for my Father », Monk, Dizzy avec « Birk’s Works » , John Coltrane et son « Blue Train », Art Blakey avec « Moanin’ « , Charlie Parker et « Yardbird suite » et Duke avec « Satin Doll » et bien sûr « Caravan ». Un petit zeste de Bossa Nova a parfumé le tout pour un concert de qualité.

Le off : Octopussy

Front de mer

Anna BOUCHET : clarinette / Céline GISLARD : batterie /Chloé JOUBERT : guitare / Fanny SCHUBNEL : trombone / Gabriela MERCADO : chant / Gladys VANTREPOTTE : trompette / Laura PETIT-FÉLIX : guitare / Taisia GULLO : contrebasse
Nouveauté encore cette année avec un concert en fin d’après-midi sur le front de mer. Originalité du groupe, il est exclusivement féminin rééquilibrant un peu la balance et encourageant sur la présence croissante des femmes dans le jazz et pas seulement au chant ! Ce groupe venu de Toulouse est d’une tonicité joyeuse. Les huit musiciennes enchaînent les standards de swing, leurs propres compositions, des airs italiens jazzifiés avec une belle dynamique, chacune ayant sa place pour les chorus et invitant à la danse. Timide toujours le public touristique de Soulac mais intéressé et nombreux. Ces concerts (gratuits) en front de mer sont un vrai succès.

Le in : Estelle Perrault quintet « Promises »

Salle Notre-Dame

Estelle PERRAULT : voix / Rob CLEARFIELD : piano, compositions / Théo MOUTOU : batterie / Melvin MARQUEZ : saxophone / Matteo BORTONE : contrebasse

 

Dans sa présentation du concert Philippe Catherine le directeur du festival exprime sa solidarité avec son invité du soir Eric Coignat, directeur du festival d’Andernos, dont la 56ème édition a été annulée il y a un mois à cause du gigantesque incendie de Gironde. Un geste très sympathique. Place ensuite à Estelle Perrault et ses musiciens. C’est un des coups de coeur de Philippe Catherine qui ne propose dans son festival « in » que des artistes qu’il est déjà allé voir et qu’il apprécie bien sûr, il ne programme pas « sur catalogue ».

La franco-taïwanaise est en pleine ascension dans le monde du jazz vocal, proposant un univers personnel et sensible, métissage de sa double origine. le concert débute avec « Day by day » sur un léger groove avec le son vintage du Rhodes et le murmure du saxophone ténor ; une chanson d’amour qu’Estelle interprète avec la délicatesse et la suavité qui sont sa signature. Pop jazz, nu-jazz, qu’importe, on se laisse porter. Le titre suivant va surprendre, débuté en ballade par Estelle, le quartet – américano-italo-réunionno-chilien – va progressivement l’enflammer avec une folle énergie tirant un temps vers du free ; lancés à fond les quatre vont nous offrir un moment mémorable qu’Estelle visiblement apprécie avant de reprendre la main ou plutôt la voix et retourner vers le calme initial. Exceptionnel. L’album « Promises » nous sera offert quasi intégralement, reflétant une certaine douceur nostalgique. Surprise d’entendre un titre qu’elle écoute depuis toute petite, le sensible « Close to you » (Why do birds…) des Carpenters, une chanson qui lui ressemble, jouée ici en duo avec la seule contrebasse. Estelle Perrault est en une interprète pleine de finesse qui laisse encore paraître une certaine fragilité ou timidité ce qui n’est pas désagréable.