
Oum, le grand voyage
Le Rocher de Palmer le 09/ nov/2025
Texte Philippe MARZAT / Photos Hugues MALLO
Il est vrai que j’aurais pu rester tranquillement chez moi et puis, allez savoir pourquoi, c’est l’appel de tout un peuple qui m’a attiré au Rocher de Palmer. Voir et entendre Oum, la chanteuse marocaine de musique jazz-soul-berbère. Moi, qui me rends assez souvent au Maroc et particulièrement dans le sud, voire même jusque dans le désert, j’ai eu peur qu’en écoutant le concert je ne me retrouve pas là-bas. L’éclairage de la scène, fond bleu avec douches blanches, me rappelle le ciel azur et la lumière éblouissante qui m’envahissait dans une chaleur impressionnante, qui s’atténuait en entrant dans les maisons en pisé aux fenêtres rares. Les musiques s’égrènent, les unes après les autres, au rythme lent des pas des camélidés s’enfonçant dans le sable chaud des dunes ocre, avançant vers l’infini où à la rencontre d’un autre que soi semble improbable.
Et pourtant… Même si cette immensité nous semble éternelle, c’est avec un youyou festif que OUM vient nous accueillir. Le désert est donc vivant? Le public dans la salle le prouve en y répondant par d’autres youyous, comme un écho. C’est peut-être la sève qui coule dans les veines des hommes du grand sud, bien au-delà de l’Atlas.

La salle réagit instinctivement aux percussions d’Amar Chaoui qui semble avec la contrebasse de Damian Nueva Cortes être le sang du peuple des sables blonds au soleil couchant. Tous vibrent aux sons du oud de Yacir Rami, soutenu par la trompette de Camille Passeri et le saxophone de Carlos Mejias Perez. L’émotion est bien là. Je me revois aussi sur les routes infinies longeant l’immensité, roulant pendant des heures et puis, au détour d’une lointaine dune, d’un grain de sable, alors que se découpe une silhouette venant de nulle part, pour aller disparaître derrière l’horizon tremblé par le voile de chaleur. Un mirage ? Non, la vie dans le Sahara. On n’est jamais vraiment seul dans le désert. Parfois, les traces se croisent et les rencontres se font et j’ai retrouvé ce soir les vibrations perçues au cours de mes voyages où l’accueil n’est pas feint. Où, quand on boit le thé vert bouillant, moussant dans sa chute vertigineuse de la théière, avec son parfum de menthe, on vit la bienvenue au village, assis sur le tapis posé au sol, on palabre, on sourit et puis on rit de bon coeur et c’est pour toujours. Ce soir, les larmes noires sont, pour moi, celles versées quand il me faut quitter maintenant, ces choses là mais je n’ai pas oublié ta résonance et avant vingt ans, je re-traverserai la mer pour revenir ici où même si les arbres rares, les saisons sont, comme le concert de ce soir, magnifiques.

Avec Oum au chant – Yacir Rami au oud – Carlos Mejias Perez au saxophone – Camille Passeri à la trompette – Damian Nueva Cortes à la contrebasse – Amar Chaoui aux percussions
Site web de Oum El Ghaït Benessahraoui : https://oum.ma/







