
Les Nuits d’Hure en plein jour
Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier (alias tamkka) , PhD
Dimanche 6 septembre 2026
https://www.lesnuitsdhure.fr/
Nouveauté cette année, les Nuits d’Hure se prolongent le dimanche en journée par un Brunch Jazzy animé par B-Fonk une fanfare funk bordelaise. Thierry Wellhoff trouvait les dimanches un peu tristes après les deux soirs des premières éditions et il a eu l’idée d’essayer de faire revenir du monde en journée. Encore une bonne initiative car le public est là dès midi, assurant le succès dans un premier temps du brunch et dans un second temps des concerts.
La devise du festival n’est-elle pas « Et que durent les moments doux » (tirée de la chanson « Osez Joséphine », paroles d’Alain Bashung et Jean Fauque) ?
Jazzy Brunch avec B-Fonk

Brunch champêtre sympathique donc, à l’ombre des grands arbres et des tentes blanches meublées de bottes de paille, B-Fonk assurant l’ambiance musicale et dansante pour certains, une fois le piano accordé dans le séchoir à tabac qui accueille les concerts, et prenant une pause repas lors de la balance du quartet d’Adrien Moignard. Ici tout se passe dans un esprit décontracté, bon enfant mais surtout de façon très très bien organisée. Rappelons que nous sommes dans une propriété privée, pour l’occasion ouverte au public, accueillis par le maître du lieu Thierry Wellhoff, l’inventeur voici deux ans de ce festival. Il en est l’organisateur, le directeur musical, le mécène, l’oeil à tout, avec gentillesse et bienveillance mais avec son efficacité de grand professionnel, spécialiste de la communication et de l’organisation… Une équipe de 25 bénévoles sympathiques, qu’il a su réunir et féderer, l’aide bien sûr, qu’ils en soient toutes et tous remerciés.
Adrien Moignard quartet « Miroirs »

Adrien Moignard : guitare solo / Julien Cattiaux et Boris Alexandre ; guitares rythmiques / Fabricio Nicolas-Garcia : contrebasse.
La programmation le révèle, Thierry Wellhoff a des goûts éclectiques en jazz, cela tombe bien, Action Jazz aussi. Ainsi donc c’est un quartet de cordes avec l’étiquette swing manouche, un peu réductrice ici, on va le voir qui s’annonce. A sa tête une des références actuelles en guitare, Adrien Moignard qui vient de sortir l’album « Miroirs » . Tout comme son collègue Baptiste Herbin (qui joue deux titres dans l’album) Adrien Moignard aime échanger avec le public avec humour et gentillesse : c’est la première fois qu’on va faire un concert après avoir mangé des huîtres et des saucisses en même temps ! Et oui tu aurais pu ajouter le vin blanc, on est dans le sud-ouest près de l’océan, le triangle des bermudas s’amusent certains, ici c’est la tradition.
Le décor est vite planté avec « Seul ce soir » , deux guitares à la pompe rythmique, la contrebasse qui les accompagne en chantant et un soliste qui ne cesse d’inventer, de quitter le thème ou de le pimenter, du jazz. « Tangogelo » en hommage à Angelo Debarre (toujours bien vivant ! ) avec un rythme de tango presque martial où Adrien nous joue le guitar-hero. Dans la ballade suivante pleine de finesse, quelques fulgurences de guitare rock, des décalages harmoniques osés nous entraînent vers des sommets, on entend parfois Jimi et « Purple Haze » ; Adrien est au top, virtuose et audacieux. Le quartet va nous embarquer « dans un « Yarbird Suite » pas piqué des hannetons ; ouch ça secoue ! Un blues en duo guitare contrebasse et en impro, baptisé « Blues d’Hure » (« Hard blues » en anglais selon Adrien) avant le moment émouvant du concert « La valse d’Augustine » de Vladimir Cosma pour le film « le Château de ma Mère ». Une surprise, quand on ne connaît pas l’album, en hommage (?) à Céline Dion (elle aussi toujours vivante) « S’il suffisait d’aimer » qui tourne assez vite au boogie-woogie et pour finir une « Caravan » toutes options à l’intro mêlée de « Vie en rose » où les excellents Boris et Julien prendront le lead, avant qu’Adrien ne vienne semer la panique en invitant des mesures de « Titine » de Chaplin, du « Boléro » de Ravel et même de « Cucaracha » ! Un phénomène.
Une « Javanaise » partagée avec le public en rappel et vite à la buvette tant la chaleur est intense ; séchoir à tabac ? Alors pourquoi sommes-nous aussi ruisselants ?
album « Miroirs »

Stéphane Belmondo et Antonio Farào « Do it ! »

Stéphane Belmondo : trompette, bugle / Antonio Farào : piano
Petit (?) festival mais quel plateau ! Le dernier concert ne déroge pas, voilà deux grands jazzmen qui… devraient être là. Ils arrivent enfin, le concert aurait dû commencer il y a 5 minutes, ils se sont perdus sur la route, se sont retrouvés en plein champ, ont failli s’enliser ! Balance express, le concert est acoustique et on ne l’a pas encore souligné avec un vrai beau piano depuis le début.
Le duo nous fait vite entrer dans son univers, alliant romantisme et jazz, tendresse et improvisations libres, virtuosité et créativité. Deux Maîtres de leur instrument. « Stella by Starlight » à leur manière, une trompette inspirée, un piano lyrique, le ton est donné le concert sera riche de création, les thèmes seront prétextes à s’en éloigner, à y revenir, chaque titre sera une aventure musicale, les itinéraires imprévus, les raccourcis évités, ce qu’on appelle du jazz. « I remember Duke » composé par Antonio pour Ellington ? Non, pour son chien disparu. Il se lance dans un véritable concerto, Stéphane comme à son habitude a quitté la scène, il ne tient pas en place, mais le revoilà pour nous servir un velouté de trompette ; les deux nous proposent du grand art. « Round Midnight » un tube qui parle au public ; autour de minuit, ou plus tôt, ou plus tard, on ne sait plus trop avec leurs impros, qu’importe, on perçoit le thème entre les notes, c’est beau, c’est très beau. « The Melancholy of Rita » arrive, un ancien titre de Stéphane en l’honneur de sa fille et repris dans l’album récent « Do It ! ». Voilà « Solar », douceur suave du bugle, pianio cristallin, un clin d’oeil du trompettiste à Milton Nascimento ( ou à Wayne Shorter ?) avec une citation de « Ponta de Areia » . Évocation de Miles avec une version légère de « All Blues » . Merci messieurs, vous avez bien fait de retrouver votre chemin ! « Sweet » d’Antonio en rappel et voilà un festival exceptionnel qui déjà se termine, le pauvre Thierry Wellhoff donnant rendez-vous à l’année prochaine et remerciant bénévoles et techniciens à un public s’enfuyant du séchoir pour essayer de trouver un peu de fraîcheur à l’extérieur.
On reviendra l’année prochaine c’est sûr, ce festival est une bouffée de bonheur.
» Et que durent les moments doux «









