Le jazz voyageur de Samy Thiébault
en escale à l’Olympia d’Arcachon
par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat
Théâtre Olympia, Arcachon le jeudi 7 novembre 2024
https://www.arcachon.com/culture/le-theatre-olympia/
Samy Thiébault : sax ténor et soprano, flûte, compositions / Marine Thibault : flûtes, séquenceur, machines / Léonardo Montana : piano / Arnaud Dolmen : batterie ) / Samuel F’Hima : contrebasse (remplace Damien Varaillon)
Samy Thiébault est un inlassable voyageur, à la découverte de pays, à la rencontre des gens, à la recherche de spots de surf et la chance que nous avons c’est qu’il transforme tout cela en musiques. Après Caribbean Stories, Symphonic Tales, Awé c’est à prendre le large avec qu’il nous invite pour son dernier projet « In Waves ». Ses compositions ont toujours du sens, il nous l’expliquera au fur et à mesure, trouvant lui-même qu’il parle trop mais tellement passionné et passionnant que cela passe avec naturel. Samy en plus de sa formation musicale a obtenu une maîtrise de philosophie et cela se ressent dans son discours. Tout est réfléchi autour d’un humanisme et d’un altruisme débordants.
Entouré de musiciens de grand talent dont Marine Thibault que je découvre en concert il nous entraîne dans son sillage aux quatre coins du monde, d’un océan à l’autre et même au bord du Mékong. La salle de l’Olympia est bien remplie pour accueillir celui qui fut un temps enfant du pays, adolescent plus précisément, ses parents globe trotters s’étant posé un temps à Gujan-Mestras ; de nombreuses connaissances sont présentes.
Vêtu d’une tenue très originale œuvre d’un créatrice de mode, Samy ouvre le concert avec « Rituals », on s’imagine en Polynésie ou au Fidji quelque part au milieu d’un océan. Le sax rebondit sur la rythmique d’Arnaud Dolmen idéal pour cette musique aux accents ultramarins. La flûte de Marine fait écho au sax rappelant un peu le son musical qu’on obtient avec des coquillages.
Nous voilà maintenant sur la côte Atlantique, pas la nôtre, celle plus au sud à Dakhla au Maroc, cette ville frontière dans une zone aux frontières toujours aussi floues justement. S’y croisent peuplades, trafiquants, migrants, touristes, surfeurs… Une richesse culturelle qui se transmet dans la musique, on en perçoit les influences. « Horizons » nous explique Samy mêle aussi bien John Coltrane dont il est un disciple reconnu et Saint-Saens.
L’océan nous embarque, loin, très loin aux Fidji où Samy s’est installé un temps, pour s’imprégner, connaître les gens. Là-bas on vénère l’océan, on le respecte et avant de s’y embarquer on lui fait une prière. Samy a attrapé là-bas une tourne rythmique qu’il a adaptée. Une vague saxuelle déferle de cet océan rythmique où flotte la fragile écume de la flûte de Marine ; la vague est franchie la mer se veut plus calme, une sirène chante sur une houle de groove bienveillante. Un très beau titre.
« Au bout du vent » et deux chorus intenses, l’un de Samuel (un des meilleurs contrebassistes avec qui j’ai pu jouer nous déclare Samy), l’autre d’Arnaud finissant en joute avec le saxophoniste.
Le concert déroulera ensuite les autres titres, on y appréciera le lyrisme de Leonardo que l’organisation a gâté ce soir avec un Steinway, la délicatesse de Marine affairée aussi aux machines, le toucher vigoureux de Samuel, le drumming si riche d’Arnaud et bien sûr la volubilité musicale de Samy. Un très beau concert conclu en rappel avec « La chanson d’Arnaud », vous aurez compris duquel elle parle.
Quelques mots à la fin avec Samy Thiébault que je remercie de nous faire ainsi voyager et à qui je demande s’il ne va pas un peu se poser. Pas du tout j’ai déjà mis en boîte le prochain voyage, ce sera dans le désert !
Tous les détails sur l’album « In Waves » avec la chronique de Christine Moreau dans la Gazette Bleue : In Waves
Galerie photos de Philippe Marzat : cliquer pour agrandir