Jazz en Mars à Tarnos 2026 #3/3

Par Philippe Desmond, (belles) photos de Vincent Lajus

Samedi 7 mars :

Philippe Duchemin trio invite Baptiste Herbin

Philippe Duchemin : piano / Patricia Lebeugle : contrebasse / Jean-Pierre Derouard : batterie / Baptiste Herbin : saxophone alto

Philippe Duchemin est un habitué du festival mais il en est surtout le parrain. Arnaud Labastie l’a invité cette année en lui proposant d’étoffer son trio avec Baptiste Herbin, pas moins. Encore une bonne idée de notre organisateur/programmateur/directeur/pianiste/etc… Quand on voit lors des balances, la facilité avec laquelle le saxophoniste s’est intégré au trio, on sait déjà que cette proposition est une réussite.

Le concert démarre avec le trio seul et le morceau de Philippe Duchemin « Take Bach » dont sans connaître le titre on avait deviné l’influence. Le pianiste y a déjà étalé son swing, Patricia Lebeugle a aussitôt commencé à danser avec sa contrebasse et à chantonner les notes avec sa joie habituelle et Jean-Pierre Derouard – que je n’avais vu que comme trompettiste – démontre la richesse de son jeu plein de relief. Mais voilà Baptiste pour « Night and Day » un standard qu’il reprend souvent avec sa propre formation. Il le conclura en solo mêlant swing et free utilisant toutes les possibilités de son alto à l’allure vintage alors qu’il n’a que cinq ans ; il faut dire qu’il en a déjà vu pas mal ! Voilà le fringant « This here » de Bobby Timmons où Baptiste Herbin endosse les habits de Cannonball Adderley pile à sa taille. Le quartet joue à merveille, les citations titillent les thèmes pour régaler les connaisseurs, les autres apprécient quand même. Beaucoup découvrent Baptiste Herbin, son jeu, son vibrato, son growl mais aussi sa verve toujours très musicale et riche . Ce qui surprend aussi c’est son humour lors des présentations de titres. Introduire « Tea for two » en évoquant la Grande Vadrouille, de Funès et imiter Bourvil il n’y a que lui pour faire ça ; succès garanti surtout ici où le public est disons… d’âge mûr ! Un « Tea for two » mêlant Cha Cha Cha et Be-Bop en plus. Le dernier album du saxophoniste est un hommage à Django, voici justement sa belle ballade « Anouman » . Quelle belle bagarre sax-batterie pour le « Bright Mississippi » de Thelonious Monk ! Concert du festival préféré pour quelques amis autour de moi, me concernant j’ai trouvé du bonheur musical partout et ce n’est pas fini, loin de là !

Trumpet Summit

James Morrison : trompette, trombone, piano / Fabien Mary, Malo Mazurié, Nicolas Gardel : trompette / William Morrison : guitare / Pierre Boussaguet : contrebasse / Gordon Rytmeister : batterie

Nous voilà à la conclusion de cette formidable édition du festival, on atteint donc le sommet, pas n’importe lequel, le « Trumpet Summit » ! Profitant de la venue en Europe et dans son festival de James Morrison, Arnaud Labastie lui a proposé de rester pour un autre concert avec un aréopage de trompettistes français . Quatre au départ, trois à l’arrivée, Jerôme Etcheberry ayant été empêché. On appelle ça un « one shot » un moment unique, en l’occurrence improvisé, c’est bien du jazz. Preuve en est la fabuleuse balance – plutôt répétition ici -à laquelle nous avons pu assister. Ainsi Fabien Mary, Malo Mazurié, Nicolas Gardel ont-ils eu droit à une vraie masterclass de leur collègue australien. Ils ne sont pourtant pas des débutants, loin de là, ils font même partie des meilleurs. Mise en place, répartition des rôles, des solos, des duos, ajustement des arrangements, travail des unissons, choix des tonalités… James Morrison a tout réglé avec gentillesse et bienveillance, à leur écoute aussi et avec beaucoup de rires. Nous avons assisté à la préparation d’un vrai show avec ses surprises et ses prouesses, on verra plus loin.

C’est « The end of a beautiful friendship » qui a été choisi pour commencer, un titre à interpréter ironiquement ici, joué avec un arrangement tonitruant où on passe les troupes (trompettistes) en revue et les réunissant pour des riffs pénétrants. Ca sonne ! « I remember april » qui suit est presque méconnaissable porté par tant de talents, rythmique comprise, la version passant par toutes les inspirations de chacun ; pas de répit, le spectacle est total. Pour « Do nothin’ till you ear from me » de Duke Ellington on entendra la seule sourdine du concert, celle de Malo Mazurié, les trompettes ayant gardé leur son naturel tout le set. Pas d’effet électro du tout non plus. Un medley façon ballade débutant par « Stardust » et finissant par un arrangement très lent de « Take the A train » viendra nous rassurer, s’il en était besoin, sur le talent de finesse des musiciens ; nous assistons à du grand art. Du jazz sans blues c’est impossible déclare James, toujours très agréable avec le public, alors voilà sa composition « The Fox » qui finit s’étire, s’étire, monte, descend, remonte, explose et finit en battle ; l’assistance est saoulée de coups et de joie surtout. Elle en veut encore après plus d’une heure trente de concert et elle va être servie.

Pour le rappel demandé bruyamment, « Donna Lee » démarre, le fameux titre be-bop tiré de « (Back home again in) Indiana »ce qui va être l’occasion d’un numéro de music-hall dont nous avons eu la primeur l’après-midi lors de son apprentissage par le maître à ses élèves trompettistes qui ne l’avaient jamais pratiqué. Deux duos de trompettistes, chacun soufflant dans son instrument bien sûr mais commandant avec ses doigts les pistons de l’autre, le tout sur un tempo effréné ; c’est ça aussi le jazz de la joie et du bonheur !

Bouquet final d’une édition mémorable de Jazz en Mars.

 

Il nous reste à remercier toute l’équipe organisatrice, la ville de Tarnos avec Maya et les services, les bénévoles (ventes de boissons et de délicieuses crêpes à l’entracte) , Serge Bianne à la régie et à la lumière et son collègue Albert Changala « Chang » au son, tous les deux des modèles d’efficacité et de professionnalisme et bien sûr le chef d’orchestre de tout cela, Arnaud Labastie, monsieur « au four et au moulin ».

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