Antichamber Music – The Bridge#10
Sam 16 Fév 2019, Rocher de Palmer, Cenon
Par Anne Maurellet, photo Alain Pelletier

On entre dans le boudoir de la musique contemporaine. On peut imaginer des murs tendus de velours noir. La chanteuse Claudia Solal, après quelques vocalises fines, choisit des poèmes de James Joyce et met la musique en poème ou l’inverse. Le quatuor crée une ambiance hypnotique et la voix est un instrument comme les autres…

Les platines et les effets électroniques de Lou Mallozzi envoient des fréquences, l’agitation du présent, sans doute, le piano préparé lui répond. Les instruments sont détournés de leur fonction habituelle. Il s’agit en écoutant la proposition de chacun d’être en écho ou en opposition par deux ou trois pour faire entendre la force des mots de Joyce et ceux des textes de Solal : extraire des poèmes à l’évidence rythmique moderne, les insérer dans notre quotidien absurde ? Redonner de la poésie à la cacophonique de la routine, lui rappeler la beauté des mots et tirer l’abrupt de l’époque vers le haut ?

La chanteuse est délicate, sa gestuelle raffinée ; elle passe au chant pour prolonger la poésie. Le piano préparé de Benoît Delbecq égrène le temps avec un son de cloches qui nous transporte dans un espace inhabituel, sorte de transe patiente. Le basson de Katherine Young préfère des sons à faire rêver une flûte de pan, sombres, rugueux, furtifs, prolongés. Il rencontre parfois la voix qui s’y accroche pour lui ressembler.

Il est impératif de fermer les yeux si l’on veut se laisser prendre par cette proposition musicale.