par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat

Anglet Jazz festival, samedi 18 septembre 2021.

Troisième soirée, déjà et encore une affiche alléchante. Marc Tambourindéguy, le directeur artistique, a vraiment voulu nous faire plaisir cette année. Et comme toute l’équipe d’Arcad autour de sa directrice Agnès Zimmermann est aux petits soins avec tout le monde, on se sent vraiment bien à Anglet.

Matthieu Chazarenc quartet – Canto II –

Un batteur compositeur ça peut paraître insolite pour certains mais ce n’est pourtant pas si rare, ils sont eux aussi musiciens, peut-être est-il bon de le rappeler et pas seulement manieurs de baguettes. Matthieu Chazarenc est ainsi à l’origine de ce quartet dont il a composé le répertoire et ceci pour deux albums, Canto en 2018 et Canto II en 2021. A travers ces albums il a voulu remonter à ses racines gasconnes, lui le natif d’Agen. Le jazz a des racines partout, africaines, européennes, américaines mais pourquoi pas gasconnes, il va nous le prouver. Spécialistes uniquement de la rythmique les batteurs ? Et bien ici en voici un qui est un grand mélodiste, des airs puisés dans son enfance, sa région, ces valses, ces airs populaires qui l’ont inspiré. Nous voilà dans un tourbillon de musique plein de chaleur et de sérénité. Le bugle de Sylvain Gontard et l’accordéon de Laurent Derache en totale harmonie, mènent la danse, ce mot étant à prendre au premier degré. La contrebasse de Christophe Wallemme très mélodieuse marque la belle cadence. On évoque la « place Jasmin » d’Agen en hommage à Marcel Azzola, la « Villa Verde », la douceur de vivre de nos régions transparait dans la musique. Quant à notre batteur il virevolte de ses vives baguettes, de ses orages de mailloches ou de ses mains nues. Une musique de toute beauté, tellement originale en plus.  La rappel fortement demandé est un hommage à l’artiste que Matthieu a accompagné lors de sa dernière année, Charles Aznavour ; une « Bohême » attaquée doucement, mélancoliquement qui soudain se déchaîne dans une valse ébouriffée, splendide ! Déjà beaucoup d’émotion dans ce concert, la suite en procurera-t-elles de semblables ?

 

Shaï Maestro quartet

Révélé en 2006 dans le trio du contrebassiste Avishaï Cohen, Shaï Maestro mène depuis près de dix ans une belle carrière de leader, plutôt en trio mais depuis quelques temps en quartet. Au fidèle Jorge Roeder, le contrebassiste péruvien et au batteur Ofri Nehemya qui va se révéler époustouflant, est venu s’ajouter l’étoile montante de la trompette, l’Américain Philip Dizack. « On ne sait pas ce qu’on va jouer, on va le découvrir à mesure » nous signale de suite Shaï. Je n’arriverai pas à le croire à mesure que le concert avancera. Bien sûr, sur le premier morceau on le sent chercher une piste, les autres lui emboîtant le pas ou non ; le nombre de fois où Philip a levé sa trompette vers ses lèvres pour renoncer aussitôt. Ils se taquinent dirait-on, se défient. Vont-ils jouer pour eux comme ça longtemps me dis-je ? Imperceptiblement la musique se met en place, le groove parfois s’installe, l’énergie arrive, les ostinatos commencent à nous attraper… Le piano se fait plus lyrique, la trompette invente des sons nouveaux, la batterie devient inventive, la contrebasse ronde et sensuelle. La moindre petite mélodie, comme celle que chantait son grand père berger, devient prétexte à une création des plus sublimes avec une ampleur qui progressivement se met en place. On atteint des sommets de musique. Le rappel lui aussi autour d’une petite ronde très simple mais répétée à l’infini va transporter le public, le faisant fredonner dans une émotion palpable. Les larmes coulent, les poils se dressent, moment unique, inoubliable ! Bravo Maestro !

Les albums de « Human » la dernière production du quartet de Shaï Maestro vont s’arracher, les quatre musiciens étant là avec grande gentillesse pour les dédicacer, eux revenus sur terre, nous pas encore. Gageons qu’a leur écoute le public ne ressentira pas cette émotion vécue collectivement. la musique vivante quand elle l’est comme lors des deux concerts de ce soir est irremplaçable. D’ailleurs demain après-midi trois autres groupes nous attendent, petit bémol, ce sera ici-même, la météo ne permettant pas de s’installer dans le magnifique parc de Baroja et d’y pique-niquer en musique…

Galerie photos :

  • Matthieu Chazarenc quartet :

 

  • Shaï Maestro quartet :