Stéphane Séva – Sortie du disque « Sensuel » à l’Opus 34

Texte et photos Philippe Desmond

Opus 34, Bordeaux le dimanche 18 janvier 2026

Une grosse partie du jazz s’est bâtie autour de ce qu’on appelle les standards, ces chansons américaines pour la plupart issues des comédies musicales de Broadway. La France n’a réussi à y glisser que quelques titres comme « Les Feuilles Mortes » baptisée « Autumn Leaves » outre-Atlantique, des titres de Michel Legrand (naturalisé Américain à la fin de sa vie…) de Trenet, Piaf…

Pourtant notre pays regorge de mélodies qui, une fois arrangées en jazz, n’ont aucun complexe à avoir. C’est ce qu’à compris depuis longtemps notre crooner bordelais Stéphane Séva. En complément de sa carrière de washboarder, il chante aussi, des standards US, bien obligé, mais également du répertoire bien frenchie comme disent les auditeurs qui ne le manquent pas lorsqu’il va se produire dans des clubs de New-York. Et oui là-bas, peut-être plus que chez nous, il y a un public qui adore ces chansons bien françaises.

Et donc en discutant avec ses amis musiciens bordelais, il s’est lancé dans l’enregistrement de cet album uniquement distribué en vinyle 33 tours, avec une belle pochette et son petit roman photo. Action Jazz vous l’avait présenté il y a quelques semaines : https://blog.lagazettebleuedactionjazz.fr/stephanes-sensuel-ondule/

Cette fin d’après-midi à l’Opus 34, auto baptisé à juste titre « le QG des Artistes », avait lieu le concert de sortie de cet album. En référence à l’album « Sensuel » le concert s’annonçait comme « Colloque de la sensualité », celle qui allait se dégager de la musique et on va le voir de la danse.

Autour de Stéphane Séva et de son micro vintage, on trouve la même équipe que sur l’album, Hervé Saint-Guirons au piano (un vrai, quel bonheur de trouver ici en permanence un quart de queue de qualité) , Yann Pénichou à la guitare, Didier Ottaviani à la batterie et Laurent Vanhée à la contrebasse, en résumé une partie de la crême des musiciens de la région.

C’est un titre de Claude Nougaro qui ouvre le set ; de lui pour le texte, la musique étant elle de Lalo Schifrin. Et oui, beaucoup de ses chansons françaises célèbres ont été écrites sur des musiques venues de l’étranger, il fait donc un peu figure d’exception dans ce répertoire hexagonal. « Un été » , chanté après, ne vient-il pas d’Italie, cet « Estate » composé par Bruno Martino. « Le cinéma » qui nous est offert est lui de Michel Legrand, à l’époque pas encore titulaire d’un passeport US. Mais, même venues de l’étranger, Claude s’est tellement approprié ces musiques qu’elles font partie du patrimoine français. Elles sonnaient déjà jazz – Nougaro longtemps considéré comme un chanteur de variété était un vrai chanteur de jazz – et les arrangements du groupe le soulignent encore plus.

Ces quelques titres du toulousain ne sont d’ailleurs pas dans l’album où sur la face A, on n’y trouve que des musiques de chez nous, mais y figure ce merveilleux titre qui lui donne son nom « Sensuel ». C’est la danseuse burlesque Betty Crispy qui l’a suggéré il y a quelques années à Stéphane Séva et par chance elle est là ce soir pour afficher justement sa sensualité. Un très joli moment bien sûr, musicalement – du blues – et visuellement.

« La Belle Vie » de Sacha Distel a bien sa place dans ce concert de jazz avec ces nouveaux arrangements où la guitare est très électrique, tout comme « Place Blanche » de Boris Vian et Henri Salvador ou encore de ce dernier « Syracuse ». Quel bel arrangement du groupe sur ce titre qui sonne ici Jazz West Coast avec un très intéressant dialogue scat-guitare.

Jean Sablon a été un des premiers crooners français, le voilà évoqué avec la chanson de Mireille (paroles de Jean Nohain) « Puisque vous partez en voyage » où cette fois la guitare répond aux sifflements de Stéphane.

Que ce quartet qui l’accompagne joue bien, un tapis magique pour le chanteur. Et Serge Gainsbourg, il n’est pas dans la sélection ? Sur l’album avec « La Javanaise, ce soir avec « Ces petits riens » pour changer ; lui aussi il a compté dans la chanson française.

Dans l’album on redécouvre une très belle chanson de Boris Vian, « J’aimerais tellement ça » là voilà, toujours d’actualité . Créée par une femme et ici interprétée par un homme

Si lorsqu’un homme (une femme) passe
Et que cet homme (cette femme) vous plaît
On pouvait le lui dire en face
Sans manigances et sans grimaces
Oh, j’aimerais tellement ça !

Pour finir Charles Trenet avec une chanson devenue le standard américain « I wish you love », l’éternelle « Que reste-t-il de nos amours » chantée en duo nostalgique avec Samantha Grassian.

Voilà, les aiguilles tournent, « Le coq et la pendule » nous annoncent la fin. Merci à Stéphane et à ses musiciens de continuer à faire vivre ces magnifiques chansons qui je le répète n’ont rien à envier aux mélodies américaines ou autres et qui parfois leur sont même supérieures !