
Sébastián Muñoz
« Andares »
Par François Laroulandie
Sortie le 27 février 2026 chez Resolution Records. https://www.resolutionrecords.fr/
Sébastián Muñoz, saxophones ténor et soprano / Mona Faruel, chant / César Aouillé, guitare électrique, guitare 12 cordes / Thomas Salvatore, piano / Lucas Dorado, vibraphone, marimba / Gabriel Gorr, contrebasse / Ananda Brandáo, batterie
Sébastián Muñoz, né à Tegucigalpa (Honduras), est arrivé à Paris à l’âge de dix-huit ans pour suivre ses études musicales à lIMEP de Paris. Actif sur les scènes parisiennes, il se produit régulièrement dans les clubs emblématiques de la capitale comme le Baiser salé ou le Sunset Sunside ; il sera avec son groupe au Duc des Lombards le 17 mars pour présenter son nouvel album au public. Pour ce premier opus en qualité de leader il est accompagné du guitariste César Aouillé ainsi que du pianiste Thomas Salvatore, en compagnie desquels il a par ailleurs co-fondé Who parked the car, formation lauréate en 2025 du Made in New York Jazz Competition décerné par Mike Stern, Lenny White et Randy Brecker. La contrebasse est tenue par Gabriel Torr, qui se produit également en trio avec KLT, groupe qui a également sorti en 2024 l’album Beauty of Change.
Une belle surprise sur ce disque, la présence de Mona Faruel, chanteuse et compositrice issue du Conservatoire de Paris, influencée entre autres artistes par Joni Mitchell, qui mêle sa voix à celle du saxophone, ténor ou soprano, exprimant toute la gamme des émotions et apportant cette touche sensible aux arrangements.
La section rythmique est teintée d’accents de Amérique du Sud avec Lucas Dorado, vibraphoniste né en Suisse et de père argentin. Il a mené ses études musicales entre Lausanne, Berlin et Copenhague, sest produit dans des festivals, des clubs parisiens comme le New Morning ou le Sunset Sunside, également en salles prestigieuses comme la Philharmonie de Berlin ; il a sorti en 2025 son premier album en tant que leader El sueño, un hommage au peuple argentin. A la batterie nous trouvons Ananda Brandáo, artiste franco brésilienne issue du CMDL et admise en 2023 à la Royal Academy of Music de Londres. Elle est active sur les scènes parisiennes (Sunset, Baiser Salé), remplaçante de Anne Paceo au sein du Lady All Star de Rhoda Scott, et à la tête du quartet Ninanda, lauréat du Tremplin Rezzo 2024 au Festival Jazz à Vienne.
Andares en langue espagnole ce sont les promenades (de andar, marcher), que lon peut aussi comprendre ici au sens de démarches artistiques, des façons dappréhender la composition explorées par Sébastián Muñoz sur ce premier album, accompagné dans sa réalisation par le saxophoniste Rick Margitza.
C’est un sentiment d’évidence, de légèreté qui se dégage à l’écoute de l’album. Le premier titre, ‟Marimbasˮ, pose une mélodie limpide comme une épure, tout en jouant sur une complexité des arrangements, avec des changements de direction inattendus. Course folle du vibraphone aérien devant le pas pressé de la batterie, suivie de lapaisement, saxophone et voix mêlées, entrelacées, piano en ostinato tissant une ambiance onirique.
A chaque titre sa couleur, sa palette démotions, son pouvoir évocateur : réveil dun matin de printemps dans ‟Entre brasasˮ, où les sonorités amples et claires du vibraphone dansant sur la douce pulsation rythmique donnent une certaine idée de l’extase. ‟C’est clairˮ, comme l’eau de roche, soprano qui déroule sa voix, piano en phrasé limpide, et l’entrée en scène expressive de la guitare électrique de César Aouillé ; ensemble une belle entente harmonique des instruments. Sérénité dans ‟Cometasˮ, les cerfs-volants, où le saxophone aérien de Sébastián Muñoz virevolte sur fond de lents balais.
J’ai particulièrement aimé cet album pour ses arrangements touchant à l’essence des sentiments, la voix de Mona Faruel au timbre velours, ses envolées dans ‟Hiraethˮ, une forme de minimalisme et de sophistication, une évidence dans ‟Alors c’est làˮ. ‟Etretatˮ, où piano et voix entremêlés invitent au voyage, où le vibraphone clair et plein, les trilles du soprano façonnent une idée du merveilleux. Se laisser guider encore avec le titre suivant ‟Fusil Olìmpicoˮ…
Les deux derniers titres précipitent à eux seuls le tourbillon des sens, voix et sax en assemblage harmoniques introduisant ‟Dados cargadosˮ, surgissement de la guitare électrique, séquence batterie, sax en liberté vers un final incantatoire, enfin ‟Farosˮ, jeu total : cette voix magnifique, l’écouter, se laisser emporter






