Les 24 heures du Swing à Monségur #2/2

Par Philippe Desmond, Photos Philippe Marzat , Alain Pelletier, PhD

Dimanche 29 juin 2025

Le dimanche c’est pour certains le jour du Seigneur et ici, même si on n’est pas fou de la messe, c’est l’occasion d’en vivre une en musique ! Mais il faudra mériter les chants de gospel en suivant un office particulièrement dense et détaillé… Les fidèles sont venus pour la messe, d’autres pour la chanteuse, révélation de The Voice, Stella Koumba accompagnée de la chorale Gloryspel de Marmande. Leur patience finira par être récompensée…

Stablemates

Midi est passé depuis un bon moment et sur la scène des Tilleuls ça redémarre dans quelques minutes ; les gourmands vont ainsi rater au moins le début du concert de Stablemates, Prix Découverte de notre Tremplin Action Jazz 2025. Dommage pour eux, ils se privent d’une prestation de très haute qualité par ce groupe de jeunes musiciens, issus du Conservatoire de Bordeaux, au talent plus que prometteur. Voilà du jazz moderne accessible, fait de compositions originales, qui ne renie pas le passé (reprise inspirée de « Body and Soul »). Ça swingue souvent, on se surprend à marquer le tempo, c’est mélodieux, vivant et c’est joué avec une virtuosité sans ostentation. Et que de progrès depuis le tremplin ! Bel accueil par les courageux qui ont suivi ce concert dans une chaleur étouffante malgré l’ombre proposée par les tilleuls et les rideaux de brumisateurs installés par l’organisation. On reverra Stablemates à Soulac’n Jazz le vendredi 22 août.

Clément Calles : guitare compos / Mathieu Cochard : piano / Dylan Choisi : batterie / Francisco Vicente Da Silva Martinie : contrebasse

Dexter Gordon Legacy

Mais voilà déjà la mise en place du concert suivant : le Dexter Gordon Legacy. Le grand saxophoniste a créé une vocation, celle de Valentin Foulon-Balsamo pour qui, enfant, il a été une révélation et créé une vocation. Ainsi Valentin a-t-il eu l’idée de monter un projet autour de l’oeuvre du sophisticated giant (rappelez vous son imposante silhouette dans le rôle principal du film « Autour de Minuit » de Bertrand Tavernier). Le saxophoniste de Monségur s’est entouré de ses potes du coin, des locaux donc. Lui au sax ténor bien sûr, Jérôme Dubois au bugle et à la trompette, Cyril Dubilé au trombone, François-Xavier de Turenne au piano, François Mary à la contrebasse et Jericho Ballan à la batterie. Si Dexter était toujours de ce monde je suis sûr qu’il aurait apprécié cet hommage, c’est vraiment du très beau travail ! Du jazz à la portée de tous, du vrai diront certains, ça swingue, ça choruse avec énergie mais aussi sensibilité. Tout est en place, tout paraît naturel, chacun apporte sa touche, sax en tête bien entendu. J’en profite pour revenir sur le terme employé plus haut : locaux. Les plus grands ou considérés comme tels, sont aussi les locaux de quelque part et les nôtres n’ont souvent rien à envier à beaucoup de « noms » qui ont eu accès à une notoriété qu’ils méritent eux-aussi. Bravo messieurs et quel mérite de tant nous donner malgré la canicule !

Harold Lopez-Nussa

Tous les ans, le collège Eléonore de Provence de Monségur « baptise » sa classe jazz de sixième avec un grand artiste. De grands noms en sont ainsi devenus les parrains : Claude Bolling, Dee Dee Bridgewater, Didier Lockwood, Claude Tissendier, Roger Biwandu, Jean-Marie Ecay, Mickaël Chevalier, Jérôme Etcheberry, Jérôme Gatius, Michel Pastre… Cette promotion, c’était au tour du pianiste cubain Harold Lopez-Nussa de la parrainer, il était venu au collège pour le baptême en mars dernier. Le voilà donc sur scène ce dimanche en trio avec son frère le batteur Ruy A Lopez-Nussa et le contrebassiste gersois Thibaud Soulas. Cuba est une mine de pianistes, l’école russe, des musiciens formés au classique et biberonnés aux rythmes cubains du son, du cha cha cha, du mambo, de la guajira… Ceci à chaque fois, nous donne des pianistes passionnants. Harold en fait partie. Lui aussi, bien qu’accablé par la chaleur est heureux d’être là, il va nous le prouver musicalement, avec générosité, joie, virtuosité, humanité. Quel toucher, quelle sensibilité. Trois notes et le rythme s’installe, la moiteur cubaine du jour ajoutant à l’authenticité. Ruy est quant à lui monstrueux, aussi inspiré et surprenant au cajon qu’atomique et inventif à la batterie, il nous offre une prestation majuscule. Thibaud, vu récemment à Bordeaux avec Nicolas Gardel (voir blog Action Jazz) tient le tout en s’amusant visiblement lui aussi. On oublie la chaleur ambiante devant la leur. On transpire sur scène mais on rit surtout, une bonne humeur qui se répend dans le public subjugué. Humanité, simplicité avec la venue sur scène de Valentin Foulon-Balsamo (excellent) puis de ses compères souffleurs Jérôme Dubois et Cyril Dubilé puis d’autres pour que le trio passe de trois à neuf ! Et que dire du geste du parrain Harold faisant monter sur scène ses filleules et filleuls de la classe de sixième à la fin du set. Un beau moment de partage et de joie.

 

Sanséverino Shuffle Enterprise

La place des Tilleuls est désormais bien pleine, enfin ! Il y fait toujours aussi chaud mais nous sommes quelques uns à savoir qu’elle va en plus s’enflammer ! Certes les puristes vont dire que ce n’est pas du jazz – qui sait ce que c’est vraiment ? – mais même eux devraient ne pas être déçus du voyage. Un beau gabarit aux cheveux décolorés en bleu s’avance avec ses musiciens pour une balance express. Il y commence déjà son show mais en garde pour la suite. On ne sera pas volés ! C’est Sanséverino et son Shuffle Enterprise. Le chanteur, guitariste, auteur compositeur et pitre aussi (mais toujours avec du sens) est là avec des musiciens du cru (encore ! Tant mieux on les a, on les aime) : Nicolas Dubouchet, le contrebassiste qui l’accompagne sur scène depuis plusieurs années, le saxophoniste Sylvain Tejeriso, aussi à l’aise au ténor qu’au baryton et le batteur qui nous surprend à pareille fête Yann Vicaire. Lisez l’entretien que Sanséverino nous avait accordé à la genèse du projet : Itv Sanseverino

Le public est assis, ça va durer trente secondes ! Et le show va commencer. Du shuffle énergique, du boogie-woogie, du blues énervé et des textes ! Mon dieu ces textes ! Engagés, dégagés, à l’humour noir ou destroy ; un dialogue avec le public, sans fioritures, vulgaire dirons certains, pas du tout diront beaucoup, sympathique surtout, bienveillants même parfois sous les provocations. Musicalement ça cartonne, le sax hurle souvent, la batterie envoie un groove d’enfer, la contrebasse bombarde, slappe aussi et les riffs de guitares, parfois approximatifs – mais on s’en fout on se marre – enflamment la foule. Du bonheur pur pour une fin en forme de fête, de la joie tout simplement. Un final décalé parfait !

La Jam

Final ? Tu parles ! La jam au Dolce nous attend, on y retrouvera pas mal de musiciens, Sansé viendra manger avec ses potes musiciens mais c’est tout et ainsi se clôturera à près de minuit cette édition des 24 heures du Swing de Monségur. Et dans ce cas-là que dit-on ? A l’année prochaine bien sûr pour la 36ème édition !

Merci à toute l’organisation, Sébastien Vallier président de Bande Originale et grand maître du festival ( https://www.bo-monsegur.fr/ ) aussi à l’aise sur son vélo qu’au micro pour lancer les concerts, à Philippe Vigier son directeur musical, à tous les bénévoles, aux techniciennes et techniciens et bien sûr à la ville de Monségur.

Sébastien Vallier