Jean Vernhères Quartet à « Sortie 13 »

Pessac Le 15-02-25 Chronique de Martine Omiécinski, photos Irène Piarou et Eric Moreau.

Jean Vernhères : Saxophone ténor, composition / Alfio Origlio : Clavier Fender Rhodes / Laurent Vanhée : Contrebasse / Guillermo Roatta : Batterie

Le « Sortie 13 » à Pessac, ce lieu sympathique géré par une fondation dont l’objectif est de promouvoir la culture (musique et expositions de peintures majoritairement) accueillait samedi soir 15 Février le saxophoniste Jean Vernhères et sa formation. La salle est pleine, on y reconnait quelques brillantes et brillants musiciens bordelais, ce qui augure de la qualité du concert ! Jean Vernhères affirme d’entrée de jeu son identité basque par un morceau traditionnel de bienvenue (je me disais bien que certains accords faisaient penser à un hymne….) où chacun des quatre acolytes pétille de vivacité.

Les autres morceaux seront tous des compositions de Jean. Puis « La route du Rif », mélange habilement rythmes sahariens (Niger ?) et quelques échos évoquant les Doors notamment la contrebasse de Laurent Vanhée, Guillermo Roatta à la batterie est au taquet avec rires et cris dantesques, Jean déroule ses « riffs » au ténor avec sa palette très colorée, Alfio Origlio au clavier clôt magistralement le morceau, le public est conquis ! « Valentin Ballerine » et « Marion », 2 morceaux dédiés à sa fille et à sa femme (présentes dans la salle) hissent haut la tendresse et l’amour : le saxo se fait velours, la contrebasse enveloppante, le Fender Rhodes calin et les balais caressants. « 48/61 » : Autre dédicace à des proches, Jean précise qu’il s’agit des dates de naissance de ses parents, mais aussi 61 pour l’âge de son saxophone fétiche et année de sortie d’un de ses premiers disques de jazz : « My Favorite Things » de John Coltrane (point commun avec moi sur ce dernier élément). L’entame grave et subtile par Laurent devient vibrante par Guillermo qui, outre ses cris comme pour convoquer les esprits, déploie des trésors d’ingéniosité avec baguettes, mains ou balais, Alfio enchaîne avec délicatesse pour accueillir la puissance et la sérénité incarnées dans les notes du saxo. Puis de vives impros explosent de toutes parts couronnées par un Jean en mode « free » avec assurance et panache (digne héritier de John Coltrane et Pharoah Sanders)….Le public se régale ! Les rythmes latino-américains colorent vivement « Haumea City » et « Cala Deia », le groove admirable du trio porte les histoires racontées par un saxo ardent. La dédicace à Guillermo annonçée par Jean en début d’un nouveau morceau ouvre les vannes à l’impétuosité verbale et musicale du batteur. Sur ce rythme aux échos sud-américains, Alfio prend le solo d’un jeu charnel et délié que Jean prolonge dans la même veine avec des accents de Gato Barbieri : super ! « En attendant Valentine » : Jean nous happe par une longue intro magnifique : une fusion basco/latino/jazz très réussie et très dansante, s’enchainent des solos puis un jeu collectif ébouriffants, le public chaleureux en redemande ! Le rappel, une histoire de coiffeur, nous entraine dans un blues vif, rythmé, joyeux, entamé par un vibrant Laurent Vanhée, poursuivi par les 4 musiciens heureux de jouer ensemble.

La force de Jean Vernhères, ce saxophoniste valeureux, est d’avoir une identité affirmée tout en évoquant par bribes les meilleurs de ses ainés, le tout avec force et sérénité, sachant s’entourer de brillants partenaires.
Bref, un concert qui fait du bien !
Concernant l’album « Héritage Mélodies » dont sont issues plusieurs compositions jouées, se reporter à la chronique de Philippe Desmond paru le 18 Février 2024 sur le site d’Action Jazz