Jazz en Mars à Tarnos 2026 #2/3

Par Philippe Desmond, photos Vincent Lajus

Vendredi 6 mars

Francesca Tandoi trio

Francesca Tandoi : piano, chant / Matheus Nicolaiewsky : contrebasse / Sander Smeets : batterie

« Francesca Tandoi est une pianiste de swing d’un goût suprême. Sa voix est exquise, ses compositions sont mélodiques et mémorables, et ses arrangements sont extrêmement réfléchis ». Celui qui a dit ça était sur cette même scène l’an dernier, une référence qu’on peut croire sur parole, Monty Alexander lui-même ! Alors découvrons l’italienne Francesca Tandoi (prononcer Tandoy) et complétant son trio international, Matheus Nicolaiewsky, brésilien comme son nom ne l’indique pas et le néerlandais Sander Smeets. On a pu la « tester » aux balances qu’elle a abordées avec une réelle décontraction, montrant de suite une virtuosité et une rapidité de jeu assez bluffantes. Confirmation dès le lancement du concert que ce trio est tonique avec cette pianiste au jeu vif et précis, ce contrebassiste hors pair et ce batteur au swing nerveux et créatif. Dans son set Francesca mêle ses propres compositions avec quelques standards customisés comme cette version instrumentale de « Garota de Ipanema » comme vous ne l’avez jamais entendue déclare-t-elle ; une version hard bop speedée étonnante en effet. Francesca chante aussi seule comme cette jolie ballade brésilienne ou en duo pour « Teach me tonight » avec son batteur. Un titre proche d’une fugue de Bach là encore en mode rapide, une façon de jouer certes spectaculaire mais que certains trouveront manquer d’émotion. « Overjoyed » de Stevie Wonder conclura la découverte de cette artiste qui tourne déjà depuis pas mal d’années. Encore une jolie trouvaille d’Arnaud Labastie toujours à l’affût.

Three Swinging Tenors

Scott Hamilton, Michel Pastre, Harry Allen : sax ténor / Philippe Milanta : piano / Bruno Rousselet : contrebasse / Philippe Maniez : batterie

La programmation de Jazz en Mars est toujours attractive et cette année Arnaud labastie a encore fait très fort. Cette fois il a fait venir les trois ténors, non pas les chanteurs lyriques, mais des saxophonistes et pas des moindres. En référence aux Texas Tenors, Illinois Jacquet, Arnett Cobb et Buddy Tate, Michel Pastre a eu la bonne idée de s’entourer d’Harry Allen et Scott Hamilton (qui a lui joué un temps avec les Texas Tenors) pour quelques concerts et éventuellement un album live ; en effet ce soir les « magnétos » tournent.

Michel Pastre (lui-même désigné meilleur saxophoniste français 2023 par Jazz Magazine et Jazz News) a donc fait appel à deux pointures mondiales du sax ténor, y ajoutant une rythmique française de très haut niveau ; un rêve qui se réalise nous dira-t-il.. Ce soir c’est leur premier concert et visiblement le bonheur de jouer ensemble est déjà là. Réunir ainsi trois instruments identiques peut paraître excessif, sauf qu’ici les musiciens ne les font pas sonner de la même façon. Plus aigu pour Harry, velouté pour Scott et un peu plus grave pour Michel, les harmonies qui vont en ressortir n’en seront que plus belles. C’est un véritable feu d’artifice au bouquet final permanent auquel nous assistons, de la grâce qui jaillit de partout, des tableaux esthétiques flamboyants. Des pauses en forme de ballade nous ont aussi permis de respirer mettant en évidence la cohésion du sextet et la sensibilité des trois saxophones, quel régal vraiment. Des duos aussi, des questions et leurs réponses le tout porté par une rythmique fabuleuse, Philippe Milanta tout en légèreté, Bruno Rousselet pas avare de chorus et Philippe Maniez au swing généreux et délicat.

Au programme entre autres des titres d’Illinois Jacquet « Achtung », Arnett Cobb « Smooth Sailing », « Blue and sentimental » de Count, « Delight » , « On the sunny side of the street ». Un final éblouissant avec des joutes de sax spectaculaires devant un public complètement subjugué et rayonnant de joie. Deux rappels ! Quel superbe cadeau !

Après ce concert magistral avec trois sax ténors ce soir, demain ce seront quatre trompettes qui devraient enflammer la salle Maurice Thorez, où s’arrêtera-t-on ?

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