Jazz en Mars à Tarnos 2026 #1/3

Par Philippe Desmond, photos PhD (mercredi) Vincent Lajus (jeudi). Cliquez sur les photos des galeries pour les agrandir.

C’est la 21ème édition du festival Jazz en Mars de Tarnos, bientôt la fin de l’hiver marquée par cet événement organisé par la ville et dirigée par Arnaud Labastie, directeur de l’école de musique locale et pianiste de jazz avec notamment le trio Swingin’ Bayonne. Programmation toujours de qualité, proximité avec les artistes, un festival à taille humaine dont les places s’arrachent alors que les affiches ne sont pas encore collées !

Mercredi 4 mars : Traditionnellement le festival démarre par une soirée solidaire où chacun donne ce qu’il veut, les recettes profitant à une association caritative locale, cette fois Solid Action menée par des jeunes qui travaillent sur un jumelage culturel et environnemental avec la ville de Serpa au Portugal.

École municipale de musique

Honneur à Thibault, jeune guitariste de 15 ans, de jouer les premières notes du festival, celles de « Black Orpheus » . Une interprétation magistrale. Lou enchaîne avec « L’hymne à l’amour » accompagnée par Arnaud Labastie, puis place au trio familial Aslanian, Laurent le père, Christelle la mère et Isaac le fils de 8 ans !

Au tour du big band de l’école de musique dirigé par Txomin Duhalde. 17 musiciens – dont une seule femme à la contrebasse – pour un répertoire exigeant réarrangé avec talent. Citons  » Senor Blues » d’Horace Silver, « Cheese Cake » de Dexter Gordon, un arrangement flamboyant de « Georgia on my mind »… En invitée, la chanteuse Dominique Paccaut (1) vient ajouter sa voix et sa belle présence scénique avec « Why don’t you do right » puis « Fever » et plus tard « Sway » le légendaire mambo. « Billie’s Bounce » de Charlie Parker, « The Jody Grind » à nouveau d’Horace Silver et pour finir « This could be the start of something big » comme un message annonciateur des jours de festival qui vont suivre ! Un excellent big band qui peut tourner dans les autres festivals.

(1) https://www.dominiquepaccaut.com/fr/

Louisiana Hot Quartet

Thierry Ollé : piano / Thomas Alfonso : trompette/ Benoît Auprêtre : batterie / Lady Lydie Arbogast : chant

La formation toulousaine est venue pour dévier de son lit l’Adour tout proche et y faire passer le Mississippi. C’est un voyage à NOLA qui nous est en effet proposé à travers toutes les musiques, ou presque, qu’on peut y entendre. Du traditionnel avec « St James Infirmery » dans un arrangement très soul, de la soul encore avec « My Girl » d’Otis Redding, transformée pour l’occasion par Lady Lydie en « My Boy », le débridé « I’m walking » de Fats Domino, le très ancien « Sister Kate » avec un remarquable et amusant solo de Benoît Auprêtre à… l’air-trombone, autant de titres pour mettre en valeur chacun des musiciens. Je découvre ainsi une merveilleuse chanteuse, justesse, finesse, énergie, un joli scat, tout est là. Thierry Ollé avec sa verve pianistique et Benoît au drumming très NO sont toujours un plaisir à retrouver, quant à Thomas Alfonso c’est lui aussi une belle découverte, d’autant qu’il remplaçait au pied levé le saxophoniste habituel empêché. Il a plus qu’assuré ! En rappel un  » What a Wonderful Word » qui en ce moment sonne bizarrement…

Le festival est très bien lancé !

Jeudi 5 mars :

Shades

Ellinoa, Marion Chrétien, Elora Antolin, Pablo Campos : chant / Antoine Laudière : guitare, arrangements / Corentin Giniaux : clarinette basse

Près de dix ans que ce groupe créé par Antoine Laudière fait revivre la grande époque du jazz vocal à travers le répertoire de Broadway. Shades c’est une véritable friandise musicale, un moment de sérénité partagée par le public. Ils sont quatre à chanter dans des tessitures différentes l’harmonisation des voix étant un vrai bonheur de subtilité sur des arrangements ciselés. Deux instruments soutiennent le chant, qu’on n’attendrait pas forcément, la guitare et la clarinette basse. Une vraie trouvaille que d’associer ces deux instruments pour ce soutien mélodique et ce soutien rythmique en contrepoint parfait avec les voix. Si on ajoute un jeu de scène discret mais bien présent on arrive ainsi à un spectacle complet avec un vrai côté esthétique. Le jazz est bien là, du scat des impros d’air-trompette ou d’air-trombone, des questions et leurs réponses, ça vit vraiment sur scène. La douceur s’avance de temps en temps, « La tendresse » reprise de Bourvil est bouleversante tout comme « The old country ». Du swing en veux-tu en voilà avec « I got rhythm », «Sweet Georgia Brown », du partage avec un « St James Infirmery » le public assurant les chœurs dans trois tonalités différentes, voilà un petit bijou de concert qui sort des sentiers battus.

James Morrison Quartet

James Morrison : trompette, trombone, piano / William Morrison : guitare / Pierre Boussaguet : contrebasse / Gordon Rytmeister : batterie

C’est encore un événement pour le festival qui en a connu déjà beaucoup, la venue du grand James Morrison, le poly-instrumentiste australien aussi à l’aise à la trompette qu’au piano ou au trombone. C’est aussi un soulagement, Arnaud Labastie n’en parlait pas mais il était inquiet, miné à l’idée de ne pas voir arriver les musiciens depuis l’Australie avec les problèmes actuels de voyages aériens. Mais leur ténacité et leur professionnalisme l’ont emporté. Vol suspendu à cause de l’escale impossible à Doha, alors changement de billet en partant « à l’envers » avec escale à San Francisco ; 46 heures de voyage porte à porte ! Le bassiste Harry Morrison (l’autre fils de James avec William) n’a pu ainsi être là et c’est une belle surprise et une chance de voir Pierre Boussaguet le remplacer au pied levé. Il est une légende du jazz, associé principalement à Guy Lafitte mais aussi à bien d’autres. Il sera particulièrement intéressant pour nous de le voir apprendre les arrangements du répertoire lors des balances ; les instructions de James seront assimilées instantanément.

Un concert de James Morrison c’est un vrai spectacle où la musique est reine, la virtuosité omniprésente ainsi que l’humour dont fait preuve le leader. Si le répertoire reste des plus classiques autour de standards comme « Embraceable You », « Autumn Leaves », «Moonriver » notamment, la manière de l’aborder par le showman qu’est James Morrison est admirable. A la trompette – un cornet Schagerl à son nom, splendide – il allie finesse et puissance, en tirant des aigus inouïs, au bugle – lui aussi remarquable – il propose douceur et émotion, quant au piano il le domine dans tous les styles de jeu possibles ; tout cela avec une aisance apparente, mais semble-t-il bien réelle. Cet homme est un phénomène, allez consulter par curiosité son CV, plusieurs vies en une seule. Le traitement qu’il va administrer au légendaire « Glory, glory, alleluia » pourrait résumer à lui seul le concert, la mélodie jouée au cordeau, le swing qui arrive, puis le blues, profond d’abord, lent et qui dans une montée progressive devient tonnerre. James y jongle avec la trompette, le piano, le trombone, il est hyperactif sur scène.

Parlons de son guitariste de fils « Mon portrait il y a 35 ans » plaisante James, excellent à son instrument il chante aussi très bien, « Moonriver » et en second rappel (on ne les aurait jamais quittés), « Isn’t she lovely » nous le révèlent. Il a aussi composé la ballade assez sombre « The night was sultry » qui va apporter une réelle touche d’émotion à une assistance subjuguée.

A la batterie (le sosie d’un avocat médiatique célèbre…) le solide et bien nommé Gordon Rytmeister va alterner entre un jeu de balais très sensible et des envolées puissantes en parfaite osmose avec son leader.

Quant à Pierre Boussaguet il a vite appris et a ainsi pu prendre plusieurs fois l’initiative pour des chorus bien sentis.

Le spectacle n’aurait pas été total si James ne nous avait pas proposé de jouer du piano de la main gauche, la droite tenant la trompette dont il jouait bien entendu simultanément. Jonglage trompette/trombone pour finir mais toujours avec la musicalité qui manque parfois à ce genre d’exercice. Les quelques autres clowneries du leader ne seront jamais au détriment du jazz, elles auront le mérite de créer une communion avec le public. Merci Monsieur Morrison d’une telle générosité. Et la bonne nouvelle c’est que nous reverrons ces musiciens dans deux jours ici-même pour le « Trumpet Summit », on en reparlera.

Soutenez le jazz en Nouvelle Aquitaine !