Harald Walkate’s The New York Second
« Café Madrid »
Par François Laroulandie
Album sorti le 2 février 2026 chez TNY2 Records.
Harald Walkate, piano, compositions et arrangements / Rob Waring, vibraphone / Lorenzo Buffa, contrebasse / Max Sergeant, batterie
Les pays du nord de l’Europe ont depuis longtemps apporté un son particulier au jazz, et c’est à chaque fois une curiosité et un plaisir d’en découvrir de nouvelles facettes. The New York Second est une formation installée aux Pays-Bas, créée en 2015 autour du pianiste et compositeur Harald Walkate, reconnaissant parmi ses inspirateurs Keith Jarrett, Gary Burton, Antonio Carlos Jobim, Pat Metheny. Des références qui aiguisent notre impatience à découvrir ce nouvel opus.
Après cinq albums à leur actif, le dernier sorti met en avant le duo piano et vibraphone, une formule féconde auparavant explorée par Keith Jarrett et Gary Burton (Gary Burton and Keith Jarrett, Atlantic Records, 1971). Figure majeure de la scène contemporaine à Oslo, le vibraphoniste et compositeur Rob Waring, natif de l’Etat de New York et installé en Norvège depuis 1981, a collaboré à de nombreux projets, allant du classique au jazz. Déjà présent sur l’album précédent du groupe Room for other people1, il apporte ici une couleur lumineuse sur les arrangements de Harald Walkate, en quartet sur six titres, et surtout dans les cinq pièces en duo où piano et vibraphone explorent les complicités harmoniques entre les deux instruments.
La section rythmique est assurée par Lorenzo Buffa, contrebassiste passé par Milan et New York avant de compléter sa formation au Conservatoire d’Amsterdam, sa ville d’adoption, et par Max Sergeant à la batterie, natif de cette même ville. Tous deux accompagnent les projets de The New York Second depuis plusieurs années.
Lancée la première piste, ce disque est une invitation à lâcher prise : oublier le quotidien, se laisser porter par les accords, la douce pulsation de la contrebasse, la rythmique délicate, la limpidité du piano et le son rond et plein du vibraphone. ‟One Sundayˮ, écrit un dimanche après-midi, est une parenthèse hors du temps aux évocations de tonalités de bossa nova, l’entrée en apesanteur dans un univers contemplatif, huit minutes pour commencer à oublier le temps qui passe…
‟As the Crows Fliesˮ, en dialogue intimiste piano vibraphone, c’est le temps suspendu d’un lent cheminement au long duquel les notes déliées s’écoutent chanter, une mélodie portée par des accords changeants. Les onze titres du disque alternent entre les morceaux joués en quartet et ces pièces en tête à tête piano et vibraphone conçus telles des épures, ambiances atmosphériques teintées de nostalgie dans ‟Skylinesˮ, ou dans ‟West by Northwest Boulevardˮ où les notes du vibraphone sont des bulles de son, des perles pures. Saluons l’inspiration de Harald Walkate dans ces compositions, chacune apportant une couleur nouvelle, l’ensemble d’une belle cohérence. Une ballade, légèreté ou insouciance dans ‟So longˮ, un son rond, plein ; et surtout cette valse lente, ce pas de deux en dialogue amoureux dans un titre qui est un programme à lui seul : ‟And now it’s just You and Meˮ.
La contrebasse de Lorenzo Buffa et la batterie de Max Sergeant entourent avec subtilité le duo des solistes, le piano et le vibraphone, apportant une assise enveloppante dans ‟Algerian Boardwalkˮ, et surtout dans ‟Café Madridˮ dont le disque porte le titre, l’une des « premières compositions sérieuses de jazz » de Harald datant de l’époque où il vivait dans la capitale espagnole. Une attention particulière à l’écoute de l’introspectif ‟The lost Christmasˮ, et le fabuleux dernier titre qui sort lentement du silence, ‟Grow your quiet Fortuneˮ porté par une pulsation groove, une réminiscence du mythique duo Keith Jarrett et Gary Burton qui donne toute la mesure du talent d’improvisateur du vibraphoniste Rob Waring.
Café Madrid invite au vagabondage de l’esprit, un album où semble parfois planer l’ombre de Erik Satie, à la fois accessible et profond, intime et touchant à l’universel.


