Django Reloaded
Par Philippe Desmond
Dreamophone https://www.socadisc.com/
Yoann Kempst : guitare/ Benjamin Blackstone : guitare https://www.instagram.com/djangoreloaded/
Mais que se passe-t-il autour de Django Reinhardt, en ce moment on ne compte plus les hommages, les re-visites, les détournements parfois. Disparu en 1953 le légendaire guitariste compositeur n’a jamais été aussi présent, comme si on ne réalisait que maintenant l’importance qu’il a eue.
Quand j’ai reçu cet album – le premier du duo – en voyant la pochette j’ai cru que Django avait été repris en musique métal ! « Un cyborg style Terminator nous explique Yoann, qui traduit sa puissance physique et sa résilience, révolutionnant la technique instrumentale après son accident, qui a fait face à l’occupation nazie » ; « Un précurseur qui avait une approche futuriste de la guitare » précise Benjamin.
Un « simple » duo de guitare acoustique sans effet ni ampli démesuré. Django est là sans vraiment y être, une seule de ses compositions figure ici, « Duke and Dukie », le reste est un exercice, un hommage autour de son style toujours aussi vivant avec un éclairage contemporain et un répertoire inhabituel. La formule duo facilite le dialogue, les duels, les surenchères, les enchevêtrements détaille même Benjamin. En effet cela s’entend.
Album plein de surprises avec un démarrage rapide pour « La poupée qui tousse », une composition de Benjamin, le gipsy est bien là avec sa pompe rythmique d’un côté, sa verve mélodique de l’autre. Django rode…
Mais voilà une mélodie connue, celle de « Black or White » d’un certain Michael Jackson du gipsy-pop oserais-je dire ; eux ils ont osé le faire et ça marche, c’est même très cool. Nos deux lascars, tout en étant respectueux du Maître, l’emmenent avec eux dans d’autres univers qu’il n’a pas eu le temps de connaître ; il n’aurait eu que 73 ans quand en 1983 est sorti « Maniac » pour la comédie musicale « Flashdance » ; qui sait, il aurait peut-être adapté ce titre lui qui en 1940 avait innové et surpris avec « Rythme Futur ».
Culottés nos deux amis, ils djangoïsent Céline Dion avec « Ne partez pas sans moi » la première fois que j’écoute une chanson d’elle jusqu’au bout… La mélodie chantée à la guitare me va beaucoup mieux.
Les amateurs rigoureux du Hot Club de France trouveront leur compte avec une version très speed de « The Cheik of Araby » proche de l’originale. Et oui nos deux musiciens respectent le passé, à leur manière. Mais ils ne peuvent s’empêcher de faire des facéties, ils sont allés chercher Johnny, notre Johnny avec « Que je t’aime » ; oui en duo alors que notre idole des jeunes et des moins jeunes à la fin de sa carrière la jouait en formule symphonique (je l’ai vu à Bordeaux en 2014 avec l’Orchestre de l’Opéra local) ; très intime et poignante la version du duo.
Rien ne les arrête, même pas Mozart et un « Adagio » bien andante. Les compositions originales sont elles aussi de qualité, il faut le souligner.
Et Django dans tout ça où est-il ? Au-dessus, attentif et bienveillant car il reste présent musicalement. Une certaine prouesse que cet album.




