Bilal Karaman quartet au Rocher de Palmer

 

Par François Laroulandie, photos Géraldine Gilleron

Bilal Karaman au Rocher de Palmer samedi 8 novembre 2025, dans le cadre du Festival Toutes Latitudes célébrant les jumelages de la ville de Cenon, et en particulier ce soir celui établi avec la ville de Inegöl en Turquie.

Bilal Karaman, guitare, compositions, arrangements / Ersin Ecrin, guitare rythmique / Anil Deniz, contrebasse  / Invité : David Abeijon, violon

Le guitariste Bilal Karaman, né à Kars aux confins de la Turquie, de la Géorgie et de l’Arménie, explore des métissages entre le jazz manouche, les harmonies du gipsy swing, et les mélodies des musiques ottomane et anatolienne avec son projet Manouche a la turca, initié en 2010 et dont le quatrième opus vient de sortir en octobre 2025.

A peine le temps d’accorder sa guitare, Bilal Karaman coiffé de son chapeau fétiche attaque en solo, arpèges très swing, et l’on se dit d’emblée que l’esprit de Django va se manifester ce soir. La rythmique entre dans le jeu, et c’est la claque, puissance et pulsation envoûtantes. Et puis il y a ces intonations orientales, ce thème qui surgit et présage de belles surprises.

Bilal Karaman ne joue pas de la guitare, il EST cordes claquantes, cascades swing, glissandos surprenants, jouant d’accélérations foudroyantes, alliant prouesses techniques et émotions contenues dans une seule note. Son jeu précis et sensible, enveloppé par le rythme implacable de Ersin Ecrin à la guitare et Anil Deniz à la contrebasse, exprime ces chavirements de l’âme propres aux musiques venues de l’Est, mêlant joie et nostalgie. Son jeu flamboyant nous fait voyager, réveille des réminiscences sonores, des tourbillons d’impressions de musiques des Balkans, des invitations à la danse, sirtaki, valse, des fêtes en Anatolie. Le répertoire foisonnant d’influences mêle compositions personnelles et thèmes populaires arrangés par le guitariste, reconnus immédiatement par toute une partie du public qui n’hésite pas à manifester son plaisir. Environ deux cent auditeurs et participants dont l’enthousiasme communicatif fait vite oublier que la salle 650 du Rocher n’est remplie qu’au tiers.

Cinq titres enchaînés avant de prendre la parole, en anglais, pour dire sa joie d’être ici ce soir, sept ans après son premier concert ici même. Bilal Karaman présente les musiciens qui l’accompagnent ce soir et invite à les rejoindre sur scène le violoniste bordelais David Abeijon, appelé in extremis en remplacement de Ilker Görgül empêché de monter dans l’avion pour un problème de visa. Il est loin le temps où la musique pouvait tenir lieu de passeport…

Reprise en quartet avec une introduction toute en élégance au violon de David Abeijon, pour un titre qui donne envie de danser, avec toujours la rythmique puissante, un train lancé à pleine vitesse, guitare et violon rivalisant d’improvisations sur le thème. On pense bien sûr au mythique duo entre Django et Stéphane Grappelli, auquel David rend un hommage émouvant avec son projet Grappelli my love que nous avions découvert l’été dernier à Andernos.

Et lorsque Bilal Karaman se lève pour sa composition ‟Bilal bluesˮ, c’est un feu d’artifice de virtuosité avec un jeu de scène époustouflant, des solos de guitare tenue à la verticale et des accords finals à la réception d’un saut façon rocker. Le groove est là, le public manifeste son approbation, belle ambiance. Un beau solo de contrebasse de Anil Deniz sur lequel Bilal brode quelques accords acoustiques, et un standard du genre, thème sur ‟Les yeux noirsˮ, ballade nonchalante où l’émotion surgit comme seule cette musique sait l’exprimer.

Clameurs dans la salle à l’annonce du dernier titre, présenté en turc, un morceau composé par Mehmet Ilgin qu’une bonne partie du public semble bien connaître, l’un des favoris de Bilal : ‟Ağlama Değmez Hayatˮ. Un titre festif, dansant, enlevé, sur lequel le quartet donne tout, avec une séquence de guitare rock épatante et ce violon qui chavire les sens, grosse ambiance. Et au rappel, ce titre que l’on peut écouter sur le dernier album, un zeste de romantisme avec ‟Bekle dedi gittiˮ « elle m’a dit attends et elle est partie… », que Bilal vient jouer en bord de scène… Epatant concert, avec une mention spéciale à David Abeijon pour sa magnifique prestation ce soir.

Set list :

En trio : Gisli aşk bu ; Gözleri aşka gülen ; Bekledim de gelmedin; Nihaven Longa; Çal kanunum çal.

En quartet : Nihavend sirto ; Nikriz Longa ; Gaco Swing ; Bilal’s Blues ; Papatya ; Bir günah gibi (thème sur les yeux noirs) ; Ağlama Değmez Hayat.

Rappel : Bekle dedi gitti

Discographie :

Bahane, 2011

Patika, 2013

Hayyam Sessions avec Jarrod Cagwin (2014

Manouche à La Turca, 2018

Manouche à La Turca Vol. 2 EP, 2019

Manouche à La Turca Live, 2020

Dernier album : Manouche a la Turca, 2025

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