Arnaud Dolmen Adjusting Quartet

Chronique de Martine Omiécinski, photos de Philippe Marzat

Le dynamique théâtre d’Arcachon et son accueillante équipe recevait ce jeudi 12 mars 2026 :

Arnaud Dolmen à la batterie et aux compositions, Léonardo Montana au piano, Samuel
F’Hima à la contrebasse et Francesco Géminiani au saxophone ténor.

Arnaud Dolmen, originaire de Guadeloupe, est « tombé » sur un tambour ka à 5 ans (rythme gwoka de l’île) sur lequel (ou plutôt lesquels) il a appris à jouer. Très jeune il est monté sur scène dans différents styles de musique. En 2003 il intègre l’école de batterie Dante Agostini à Toulouse puis joue notamment avec Bojan Z, Alfredo Rodriguez, Mario Canonge, Naïssam Jalal, Ana Carla Maza, Laurent de Wilde, Samy Thiebault etc…Puis vient la période où il
devient indispensable puis se lance en leader et en compositeur ce qui lui a valu de nombreuses récompenses : « Révélation » en 2016 et « Musicien de l’année » 2022 par Jazz Magazine, « Révélation » en 2022 et « Artiste instrumental » en 2025 par les Victoires du Jazz entre autres ! Vous aurez compris que nous aurons devant nous un « phénomène » au son unique !

Léonardo Montana est un de ses fidèles amis, il a grandi entre Bahia et la Guadeloupe où il débute le piano en autodidacte, il a joué avec Felipe Cabrera, Irving Acao, Omara Portuondo et plusieurs musiciens brésiliens. Il aime prendre des risques avec des musiciens voguant hors des sentiers battus comme Anne Paceo par exemple (Trio « Triphase » avec une victoire du jazz en 2011) et donc Arnaud Dolmen.

Samuel F’Hima est un contrebassiste et bassiste trentenaire au parcours pluriel du classique au jazz en passant par les musiques latines et le rap, il a joué avec un nombre impressionnant de musiciens dont Samy Thiébault et No Jazz.

Francesco Geminiani a étudié le saxophone à Vérone, sa ville natale, puis en Suisse et à New York, il s’est installé à Paris où il est devenu l’un des sax ténor les plus demandés de sa génération (la trentaine).

Le concert démarre après une présentation des musiciens.

« Graj ou Tumbla » : Arnaud explique que ce sont 2 rythmes du gwoka ce genre musical traditionnel guadeloupéen et il entame avec les tambours ka appropriés suivi de ses acolytes. Le tempo est haché, itératif, puis Samuel se libère au ténor, Léonardo délie son jeu tout comme Samuel, Arnaud rajoute baguettes et cymbales – outre l’écoute, c’est un vrai plaisir de voir cet être solaire bougeant ses pieds et jambes autant que ses mains et bras dans le partage avec ses potes – Puis les impros fusent se faisant écho les unes, les autres dans un tourbillon créatif incroyable : le public est déjà sous le charme !

« SQN » pour Siné Qua Non : Arnaud a composé ce morceau pendant le confinement Covid en tentant de se concentrer sur l’essentiel, le positif, ce qui le rend heureux. Pour le coup, il va vraiment nous rendre heureux aussi ! Après un dialogue piano/saxo vivifiant, Arnaud se lance dans un long solo de batterie très soutenu, où dominent les peaux, un jeu exceptionnel, bourré de variations et d’originalité, un solo qui vous scotche : le « boss » est bien dans la place, le public exulte ! Puis le collectif fonce dans le thème rapide et jazzy, Samuel en fier métronome, Francesco en lanceur de volutes vives et osées, Léonardo en impros frénétiques. Ca va de plus en plus vite, sur un passage de folie en trio de base puis Francesco revient pour un final explosif ! Nous sommes emportés par cette énergie !

« Ka Sa Té Ké Bay ?» : (traduit par Arnaud par « Qu’est-ce que ça aurait donné ?). L’entame douce aux balais calme le jeu sur une contrebasse minimaliste et fondamentale s’installe un duo Saxo/Piano lent et lyrique d’abord sur quelques notes puis étendant la gamme. Samuel prend ensuite profondément la lumière en écho au drumming subtil d’Arnaud.

« Cavernet » : Arnaud nous explique avoir fait un parallèle entre l’allégorie de la Caverne de Platon (humains enchainés dans une caverne, voyant des objets ou l’ombre de ces objets projetés sur les murs, ils croient voir la réalité alors que ce ne sont que des ombres) et l’enfermement et les non-vérités sur Internet !! Un solo grave de Samuel à la contrebasse débute le morceau, Léonardo enchaine d’abord lyrique puis frappant les notes, lancées aussi « sauvagement » par Francesco au sax. Arnaud vient bousculer les rythmes, puis tous accélèrent, piano et saxo virevoltent, tous vibrent, tambours et piano se répondent, l’effervescence grandit vers un final époustouflant que le
public honore de ses applaudissements fournis.

« Expérience One » : Comme le premier morceau qui lui a donné confiance dans le fait de composer et celui d’assumer le leadership explique-t-il, en proposant ses univers personnels : jazz, expérimentation et Caraïbes. Le piano se lance avec la rythmique dans des notes graves et rapides en boucle avec une bonne dose de groove, Francesco brode en roue libre rejoint par les impros de tous dont un Léonardo viril et rude toujours dans les traces de la rythmique. Nous (le public) confirmons qu’Arnaud a bien fait de se lancer dans l’écriture !

« Ti Moun Gaya » (traduit par « enfant gaillard ou fort ») : Francesco entame au Nautilus (coquillage qu’il a transformé en instrument en rajoutant un bec et vraisemblablement des trous à l’embouchure du coquillage), dont il sort un joli son modulé avec une belle réverbération. Suivent Arnaud, aux mailloches en tendresse, Samuel tout en rondeur sur sa contrebasse, le ténor lyrique et Léonardo caressant le piano. Un apaisant moment qui se finit
par le Nautilus, les cordes pincées du piano et la rythmique au cool dosage.

« The Gap » : Pendant que Samuel commence seul dans les graves, Arnaud fait frapper le rythme au public puis il jongle avec ses pieds entre les tambours ka et les caisses et jonglant avec ses baguettes prenant du plaisir à jouer et à expérimenter. Avec Samuel ils modulent et bousculent ces rythmes à l’envi. Piano et saxo scandent longuement quelques notes puis un émouvant dialogue contrebasse/piano nous cueille avant un déchainement collectif agrémenté des chœurs de Léonardo et Arnaud, des vibrations très basses de Samuel, tous en boucle de plus en plus vite avec des impros de plus en plus créatives, et une intensité de plus en plus folle jusqu’au final ! Le public exulte !

De longs applaudissements précèdent et suivent le rappel :
« Les oublié.es » : Morceau dédié aux ancêtres familiaux, musicaux, historiques, à tous ceux qui ont comptés. Il est inspiré d’une mazurka traditionnelle mais revisitée, il clôture le concert dans l’harmonie et le groove des racines antillaises.

Quel concert les amis avec ce batteur d’exception et ses brillants compagnons ! Si vous voulez l’écouter bientôt en live dans le Sud-Ouest, réservez vos places le samedi 06 juin à Jazz360 à Cénac (Gironde) sur le projet détonant « The Get Down » avec les grands Laurent Coulondre et Rolando Luna (Piano / Rhodes) en trio avec Arnaud Dolmen !