crédit Peter Hurley

Angélique Kidjo Symphonique à l’Auditorium

Par François Laroulandie

Bordeaux, 21 octobre 2026

Angélique Kidjo, artiste originaire du Bénin, distinguée par plusieurs Grammy Awards, a récemment fêté ses quarante années de carrière. Sa musique et son chant portent au monde la voix de l’Afrique, avec un regard profondément humaniste et une énergie communicative. Elle présente ce soir sa Symphonie africaine, un fervent hommage à celles et ceux qui l’ont précédé et ont contribué à la richesse musicale de ce continent : Fela Kuti, Miriam Makeba, Hugh Masekela, Manu Dibango, Cesaria Evora, Youssou N’Dour, Salif Keita, et bien d’autres, à côté de musiciens actuels originaires du Nigéria, Burna Boy, Rema, Yémi Alade, qui font partie de cette nouvelle génération, dans la lignée des artistes engagés.

C’est une rencontre entre générations, un acte de mémoire, contre l’oubli, en résistance à la dictature de l’immédiateté. Angélique Kidjo éclaire pour nous la question des racines « d’où venons-nous ? », essentielle pour comprendre le présent et appréhender l’avenir. C’est la reconnaissance, comme elle l’a confié ce soir, que « nous sommes tous l’enfant de quelqu’un ».

Orchestre National Bordeaux Aquitaine , direction Chris Cameron

Angélique Kidjo, chant / Amen Viana (remplacé ce soir par ?), guitare / Sébastien Gisbert, percussions / Derrick Hodge, arrangements

Accompagnée, outre un percussionniste et un guitariste, par l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine (ONBA) composé ce soir de soixante dix instrumentistesi dirigés par le chef Chris Cameron, elle vient démontrer ce soir l’universalité de la musique comme langage commun de l’humanité. Un programme hors des sentiers battus pour cet orchestre fabuleux, qui promet de beaux moments et fera date dans les annales de l’Auditorium.

L’effervescence des grands soirs. L’Auditorium affiche complet, mille quatre cent personnes à installer, dans la joyeuse cacophonie apparente des instrumentistes s’accordant. Deux univers se mélangent, des fidèles de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine et de fins connaisseurs de musique africaine.

L’entrée applaudie du chef Chris Cameron, l’orchestre entame un thème comme un mambo, percussions, cuivres et cordes, accueillant l’arrivée attendue de Angélique Kidjo.

Hélas ce soir il n’y aura pas de photo, et pourtant le spectacle fut total ; les couleurs aussi étaient à la fête : voyez Angélique Kidjo entrant en scène, tenue turquoise et le front ceint d’un foulard jaune vif, attendue et entourée par les soixante-dix musiciens de l’ONBA dirigés par le chef Chris Cameron en tenues sombres, la grande scène nimbée d’une lumière orangée de coucher de soleil…

‟Ladyˮ de Fela Kuti ouvre la voix, celle des femmes africaines, et des femmes dans le monde. Angélique Kidjo, chant puissant et déterminé, porte au monde un message de paix et d’espoir, profondément humaniste. L’on découvre ce soir un ONBA à l’heure africaine, dopé par la pulsation des percussions et timbales, aux cuivres incisifs touchant l’état de transe, portés par une section de cordes à l’ampleur majestueuse.

Angélique Kidjo apprécie, esquissant quelques pas de danse, joignant le geste à la parole « …l’orchestre est absolument…mmh ! ». Le choix et l’ordre des titres qu’elle interprète ce soir sont signifiants : ils racontent son histoire de vie musicale, rendent hommage à celles et ceux qui ont fait de leur musique un combat, à l’image de Miriam Makeba et Hugh Masekela contre l’apartheid en Afrique du Sud. Sa voix puissante, déterminée, son émotion communicative, honorent leur mémoire, l’orchestre tout en retenue enveloppante.

L’hommage personnel au grand saxophoniste Manu Dibango, « le seul qui m’appelait au début de ma carrière en France… », congas syncopés auxquelles répond un orchestre lancé à plein régime propulsent l’Auditorium en apesanteur avec ‟Soul Makossaˮ.

Désormais l’atterrissage n’est pas à l’ordre du jour. Guitare, maracas, percussions, cuivres éclatants, les pas de danse esquissés par Angélique Kidjo, le public clapant le tempo, les cordes, plus de quarante instruments entre violons, altos, violoncelles et contrebasses, la mélodie et l’énergie de la fête, ensemble pour faire vibrer l’âme de Césaria Evora. ‟Angolaˮ, et surtout le festif ‟Carnaval de San Vicenteˮ emportant le public dans un tourbillon mêlant joie et saudade. Il y aura aussi le chant profond, la voix charnelle, ambiance bleutée des océans par les flûtes et hautbois sur le titre magnifique de Youssou N’Dour ‟7 secondsˮ.

Angélique Kidjo rend aussi un hommage à la nouvelle génération d’artistes dans un medley à la pulsation envoûtante : ‟Anybodyˮ de Burna Boy, ‟Calm Downˮ de Rema, ‟Shekereˮ de Yemi Alade. Portée par cet orchestre magnifique sur ‟Folonˮ de Salif Keita, explosions de couleurs sonores, ou sous un halo intimiste de lumière en duo chant et guitare pour interpréter le sublime ‟Malaikaˮ de Miriam Makeba, chaque phrase est un cri du cœur, un appel des émotions.

Angélique Kidjo interprète ses propres compositions, ‟Agoloˮ, et invite le public à chanter le refrain du célèbre ‟Africaˮ « Ashè é maman, ashè é maman Afrika », chœur éclatant d’énergie, un bel échange fervent, passionné.

Le dernier titre, que l’on connaît tous avec la voix unique de Miriam Makeba, ‟Pata Pataˮ, introduit en duo percussions et chant comme un souffle murmuré, explose dans le rythme de la fête. Formidable standing ovation, pour le chef Chris Cameron, pour l’ONBA, et au rappel Angélique Kidjo revient interpréter trois morceaux pour faire danser tout ce monde sur le ‟Carnaval De San Vicenteˮ. L’assertion selon laquelle la musique a le pouvoir magique de rassembler n’a jamais été aussi vraie que ce soir.

Nous retrouverons Angélique Kidjo le 3 juin 2027 au Théâtre-Casino Barrière à Bordeaux.

ONBA : 

Violon 1 : Nicolas Alvarez, Tristan Chenevez, Hélène Lenglart, Sophie Pariot, Yann Barabek, Angelica Borgel, Cécile Coppola, Eli De Buck, Jean-Michel Feuillon, Nicolas Miller, Jean-Pierre Morel, Agnès Viton.

Violon 2 : Tristan Liehr, Prisca Carsalade, Fabienne Bancillon, Diane Cavard, Lydie Dufau, Laurence Escande, Milena Lagresle, Audrey Rousseau, Natalia Sukhadolova, Pierre Legrand.

Alto : Nicolas Mouret, Lionel Feutriez, Cédric Borgel, Geoffroy Gautier, Clémence Guillot, Marie Steinmetz, Cyprien Semayne, Nitya Isoard, Jacques Perez.

Violoncelle : Florian Pons, François Perret, Juliette Tranchant, Eleonore Rocca, Léonore Vedie, Raphaël Stefanica.

Contrebasse : Wei-Yu Chang, Valérie Petite, Audrey Lucas, PV Halter, Matthieu Cazauran.

Flûte : Fanny Martin, Nina Rech.

Hautbois : Dominique Descamps, Natalia Auli Morales.

Clarinette : Sébastien Batut, Franck Vaginay.

Basson : Sam Sallenave, Bruno Perret.

Cor : Victor Haviez, Bruno Harmignies, Julien Blanc, Julien Lecas, Marianne Billaud.

Trompette : Laurent Dupéré, Marie-Sophie Mathieu, Pierre Désolé.

Trombone : Thomas Morel, Etienne Serves, Frédéric Demarle.

Tuba : Atsutaro Mizunaka.

Timbales : Aurélien Carsalade.

Percussions : Julien Lacrouzade, Sébastien Gisbert, Thibault Lepri, Lucas Tauzin, Julien Garcia.

Harpe : Lucie Marical.

Claviers : Jean-Philippe Guillo.