Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

South Town Jazz Festival, dimanche 31 mars 2019.

« Quand la musique classique rencontre le jazz… » c’est le thème du jour. Les points de suspension sont ici lourds de sens tant les relations entre ces deux mondes sont toujours compliquées même si elles sont moins conflictuelles que dans le passé. Certains musiciens font le grand écart ce qui n’est pas à la portée de tous, des classiques trouvant dans le jazz la liberté quasi interdite dans leur monde et les jazzeux puisant dans l’auto proclamée « grande musique » des références pour enrichir leurs créations. Les sectaires restent entre eux, les gens intelligents font, eux, fi des frontières. Ce soir nous avons quelques représentants de ces derniers. Un chanteuse d’opéra américaine, Bridget Bazile, mais très reconnue dans le monde du Gospel (il faut dire qu’elle a été élevée à la Nouvelle Orleans) , un pianiste classique virtuose, Vincent Balse, un guitariste, Paul « Challain » Ferret biberonné au manouche – son père était guitariste avec Django – et parti vers d’autres musiques tout en gardant un pied dans le jazz.

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Le trio d’Arnaud Labastie, avec Antoine Gastinel à la batterie et Laurent Aslanian à la contrebasse , ouvre la matinée avec des standards de Monty Alexander mais en fait les musiciens ne font que s’échauffer pour le « vrai » concert.

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Celui-ci va être du genre inclassable, nous transportant de surprises en surprises, un festival dans le festival. Le trio d’Arnaud Labastie d’abord avec Paul Chéret pour quatre mouvements du Concerto pour guitare classique et piano jazz de Claude Bolling et créé en 1976 avec Alexandre Lagoya.

Gros travail de préparation me confiera Arnaud pour une musique très écrite ; beau travail messieurs ! Nous voilà donc de suite à cheval sur des styles différents, une fugue à la manière de Bach et de… Jacques Loussier, puis une « Sérénade » brésilienne, une « Hispano Danse » aux ruptures amusantes de tempo très blues, des questions réponses piano, guitare, une « Africaine » très jazz. On pense au Modern Jazz Quartet parfois, au regretté Jacques Loussier donc, à Villalobos, de la musique en quelque sorte.

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Mais voilà que sur la scène arrivent maintenant en duo Vincent Balse et Bridget Bazile, lui sobrement élégant, elle aux allures de diva, dont elle est très loin de faire les caprices. Elle est d’une extrême gentillesse et d’une grande simplicité !

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Des Negro Spirituals de facture très classique pour commencer, « Let it Shine », « Deep River », « Motherless Child »… restons puristes ça suffit pour être déjà beau. Une voix, quelle voix, remplit la salle, celle de Bridget, nuancée, puissante, une voix d’opéra loin de celles que le monde du jazz nous offre habituellement ; pas souvent besoin du micro elle a assez de coffre, et beaucoup d’émotion qui passe. Elle est si expressive, souriante, rayonnante, habitée, un moment de grâce, la délicatesse de l’accompagnement de piano de Vincent Balse rajoutant au temps suspendu.

La seconde partie va débuter par « Rhapsody in Blue » ; quoi de mieux que cette oeuvre de Gershwin pour combiner classique et jazz ? Composée pour piano et orchestre Vincent Balse nous l’interprète ici en piano solo, par cœur, avec le cœur, touchant le nôtre. Une pure merveille.

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Le trio de départ revient avec Paul Ferret pour deux titres, l’un de Kenny Burrell et « I remember April » , du be bop, d’ailleurs « Challain » a délaissé sa guitare classique pour une Gibson de jazz superbe. On ne sait plus où on est, on passe sans arrêt d’un univers à un autre et ce n’est pas fini.

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Le trio reste et Bridget avec son aura extraordinaire le rejoint pour chanter du Gospel et enflammer la salle avec « Rejoice », la calme avec « Amazing Grace » pour la survolter avec « Oh Happy Day ! » ; c’est la fête liée à la beauté, à l’émotion. « When the Saints… » en rappel, obligé !

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Concert indéfinissable, bouquet final sûrement. Les yeux sont rouges d’émotion, les mots manquent.

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Voilà ce cru exceptionnel 2019 du South Town Jazz festival est terminé, que le lundi va être triste pour tous ceux qui sont là depuis mercredi !

Un très grand merci à toute l’équipe d’organisation, très féminine ici, la Mairie et madame le Maire présente tous les soirs, ses élues, son service culturel, le collège et les responsables des classes CHAM, les ingés son et lumière pour l’ensemble de leur oeuvre tout au long du festival, l’asso « Tout va bien » qui assurait la restauration et bien sûr Guillaume Nouaux le chef d’orchestre. Ils nous ont permis de suivre le festival d’un bout à l’autre pour vous en parler. Mais le mieux c’est que vous veniez l’an prochain !

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satisfaction et soulagement à l’issue du dernier concert

 

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