Rencontre de big bands… ou presque

Par Philippe Desmond, photos François Laroulandie.

Le Rocher de Palmer, mercredi 18 mars 2026

L’enseignement de la musique en France et du jazz en particulier est formé de différentes strates composées elles-mêmes de publics très divers. En voilà un aperçu ce soir où deux formations, l’une issue du Conservatoire de Bordeaux Jacques Thibaud et l’autre de l‘Ecole Municipale de musique de Cenon se rencontrent. D’un côté de jeunes musiciens engagés dans une formation diplômante pouvant déboucher sur une carrière professionnelle, de l’autre des amateurs d’âges divers qui pratiquent par passion et souvent depuis longtemps.

Rencontre de big bands ou presque, celui de Cenon en étant un vrai avec 17 musiciens et musiciennes, le Conservatoire s’étant lui présenté en nonet ; un tentet était prévu mais il y a eu un empêchement.

Le nonet du Conservatoire en hommage à celui de Miles Davis

C’est la formation plus légère, dirigée par Mathieu Tarot professeur et trompettiste, qui débute avec une configuration assez inhabituelle, du moins le croit-on : les vents avec trompette, sax alto, sax baryton, trombone, cor, tuba et la rythmique guitare, contrebasse, batterie. Au programme l’oeuvre du nonet de Miles Davis « Birth of the Cool » et là on comprend l’instrumentation, quasiment la même, à l’absence de piano et à la présence de la guitare près, que celle à l’origine de cet album charnière, sorti seulement en 1957 alors que les sessions d’enregistrement dataient de 1949 et 1950… Très bel hommage à Miles, dont on célèbre cette année le centenaire, par cette jeune formation composée d’excellents éléments du Conservatoire. Le be bop mâtiné d’un swing léger est bien là, le cool s’entend, se ressent ; comment cette musique si agréable et riche a-t-elle pu choquer à l’époque ? Miles, Gerry, Lee sont presque là avec ces arrangements inspirés de la musique classique écrits par le génial Gil Evans. Une très belle prestation qu’on aimerait bien revoir.

Le big band de Cenon et son répertoire éclectique

Place aux amateurs du big band dirigé par Julien Trémouille et Clément Leclercq. la formation en big band toujours très séduisante est économiquement très lourde avec des musiciens professionnels. Depuis quelques années elle a trouvé un prolongement dans la plupart des écoles de musique et des conservatoires. Dans le département, Mios, Gujan-Mestras, la Teste, Gradignan, Pessac, Saint-Emilion, d’autres villes, proposent à leurs élèves de jouer ainsi en grande formation. Un façon vivante de faire de la musique, de la partager avec les autres.

Ici le répertoire est plus varié, il s’agit de plaisir de jouer avant tout et le « Soul Bossa Nova » de Quincy Jones (à l’origine des Cornichons de Nino Ferrer) en est la première illustration, un titre bâti pour big band avec son thème entraînant, ses riffs et ses arrangements musclés. Duke Ellington bien sûr pour le mélodieux « Satin Doll », « Moanin’  » évidemment et son thème légendaire, « Mas que nada » de Jorge Ben pour un tour au Brésil et « Oye Como va » de Tito Puente pour la fête. Un tour dans la jungle avec « I Wanna be like you » mais sans Louis Prima au chant, et enfin pour montrer que ce concert n’était pas une « Mission impossible » le thème éternel de Lalo Schifrin. Je n’ai pas oublié la ballade « The Shadow of your Smile » au thème audacieusement mené au trombone en leader par Delphine. Félicitons ces musiciennes et musiciens qui perpétuent avec talent la tradition du big band.

Alors cette rencontre de big bands (ou presque) ? La voilà pour le rappel. Ils sont 22 sur scène pour un bis joyeux de « Soul Bossa Nova ».

Une jolie soirée dans une salle du Rocher de Palmer quasi pleine.