Nico Girardi trio à l’Entrepôt

Par Christine Moreau, photos Philippe Desmond.

L’Entrepôt du Haillan, le 14 Janvier 2026.

Vincent Vilnet : Piano / Flavien You : Basse électrique / Nicolas Girardi : Batterie et compositions.

Comme chaque année, dans le cadre des Mercredis du Haillan et du partenariat noué avec Action Jazz, l’Entrepôt a accueilli l’un des lauréats du Tremplin Action Jazz de l’année précédente. En décernant le prix de la Note Bleue au Nicolas Girardi Trio, le jury du Tremplin 2025 a voulu récompenser des compositions lyriques aux reliefs captivants.
En une année, le trio a été beaucoup sollicité, invité dans les soirées jazz de Jazz360, à Soulac’n jazz, au festival Eclats d’Email de Limoges ou encore au Pôle Culturel Evasion d’Ambarès et à la Médiathèque de Pessac. Action Jazz s’est fait l’écho de ces prestations.

Amis depuis leurs études au Conservatoire de Bordeaux, les trois musiciens interprètent les compositions du batteur. Nicolas Girardi a joué dans de nombreuses formations telles Robin and The Woods, V.E.G.A, Hormé, Chien Noir….
Sa musique s’inscrit dans une esthétique impressionniste où la complexité rythmique enrichit des mélodies ciselées. Il revendique d’illustres inspirations en évoquant l’influence du contrebassiste Avishai Cohen pour la couleur teintée de nostalgie et de romantisme de sa musique, du pianiste Tigran Hamasyan pour le sens du groove et du groupe Gogo Penguin pour la puissance des lignes de basse.
Dans la petite salle, toutes les chaises sont occupées, preuve de l’intérêt que suscite la jeune formation. Après avoir été présenté par notre hôte Manuel Corneau, le trio a pris place sur la petite scène, le concert peut débuter avec « Louélé ». A l’instar de l’ensemble du répertoire proposé ce soir, chaque morceau est relié à une tranche de vie, souvent familiale. Ici, il s’agit de l’assemblage du prénom des sœurs de Nicolas. Il présentera chaque composition en la contextualisant avec à chaque fois une pointe d’humour.
Nous entrons en douceur dans un univers acoustique chaleureux, le piano tempéré monte en puissance, le phrasé clair et net de Vincent Vilnet met en place le thème, la section rythmique fait vibrer avec finesse et énergie une deuxième partie plus colorée.
Avec « Le Club des cinq », en référence non pas à la bibliothèque rose de notre enfance mais aux cinq doubles croches qui s’enchaînent, le thème syncopé se répète à l’envi, offrant un écrin somptueux aux riffs tout à la fois veloutés et tendus de Flavien You.
« Chemin de Ronde », l’adresse des parents de Nicolas, confirme l’énergie de l’écriture et de l’interprétation dans un emballement musical toujours maitrisé, les ostinatos gambadent sur le tapis mélodique, le batteur nous gratifie d’un long chorus, ses baguettes caressent, frappent avec énergie et précision.
Puis, les bons souvenirs affleurent avec « Rue Carpenteyre », nostalgie de l’époque bénie du Conservatoire. C’est un morceau mélodieux plus introspectif où pointe une légère mélancolie, qui met en valeur la partition de chacun dans un équilibre parfait.
Le concert se poursuit avec « Cali », une ballade empreinte de tendresse, écrite pour sa jeune nièce. La mélodie jouée tout en finesse par Vincent Vilnet évoque la fragilité et la grâce de l’enfance avant que Nicolas ne ponctue le thème de manière plus appuyée pour dépeindre le caractère déjà bien affirmé de la fillette.
« Primavera », arrangé ici pour être joué en trio, a été écrit pendant le Covid avec 30 musiciens qui se retrouvaient en vidéo.
La longue introduction envoutante de Flavien You nous rappelle que la basse est également un instrument mélodique. On est bercés par la douceur et le lyrisme déployés par Vinent Vilnet avant d’être cueillis, surpris même par les arabesques percussives dessinées par l’impétueux batteur. Sans doute l’une de leurs plus belles compositions.
Nous approchons de la fin du concert avec « Tic-Tac ». Encore une belle surprise que cette horloge qui n’en fait qu’à sa tête, déréglant un clavier qui sonne parfois comme un clavecin. Vincent Vinet est en pleine concentration, quasiment couché sur ses touches comme pour en extraire le meilleur. Le tempo métronomique imprimé par Nicolas Girardi se dérègle dans un final explosif qui meurt, contre toute attente, sur quelques notes de piano.
Pour le rappel, un dernier morceau, « PHLAN » (ce sont les initiales des parents et de la fratrie de Nicolas !). Ce dernier y dévoile une autre facette de son jeu en caressant les peaux avec les paumes dans une introduction qui résonne de manière un peu tribale, annonce inattendue d’une mélodie légère mais très rythmée.

Au fil des prestations, le trio consolide son évidente complicité musicale et captive le public grâce à la qualité de ses compositions et de son interprétation.

Nous les retrouverons prochainement au Rocher de Palmer en première partie du Daniel Garcia Trio le 05 Mars et ensuite au festival de Capbreton début juillet.

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