Jazz Band de l’Orchestre d’Harmonie de Bordeaux
Par Frédéric Boudou, texte et photos
Salle du Point du Jour, Bordeaux le 8 février 2026.
Un parfum de Bourbon Street à Bacalan, clin d’œil à des amis qui se reconnaîtront…
Ce 8 février, dans la salle du « Point du Jour Pierre Tachou » à Bacalan, lieu encore inconnu pour moi mais qui mérite vraiment le détour, avec une acoustique visiblement repensée, qui sert aujourd’hui la musique avec une clarté et une chaleur idéales, un écrin parfait entre autres pour un jazz traditionnel.
Le Jazz Band de l’OHB y présentait un dixtuor et, dès les premières mesures, le voyage était lancé. Direction La Nouvelle Orléans, début des années 30. Le répertoire rendait hommage au grand cornettiste King Oliver, figure fondatrice du style, tout en offrant un florilège de thèmes Dixie soigneusement arrangés pour la formation par deux plumes locales inspirées, Pascal Drapeau et Fred Dupin. Des arrangements qui respectent l’esprit tout en exploitant toute la richesse de l’orchestre, avec des équilibres ciselés, des riffs de cuivre généreux, un banjo surprenant de vivacité et de bonne humeur, des contrechants savoureux.
L’ensemble nous a montré une cohésion remarquable. Les soufflants formaient un bloc vivant et expressif avec la clarinette de Paul Balsac, également bombardé maître de cérémonie plein d’humour, clarinette qui virevoltait avec élégance au-dessus des nappes chaleureuses des saxophones de Brayan Castillo Posada et Santiago Ortiz-Lira. Côté cuivres,les trompettes de Mathieu Tarot et Maxime Sabat faisaient briller les thèmes avec panache, relayées par le trombone ample et chantant de Frédéric Ferry, pendant que le tuba de Pascal Lacombe ancrait solidement l’édifice sonore.
La section rythmique complétait le tableau avec style avec le banjo de Stéphane Borde qui apportait ce tranchant si caractéristique du Dixieland, le piano de Thomas Bercy qui ponctuait avec finesse et swing, et la batterie de Pascal Legrand qui menait le tout avec une pulsation souple mais déterminée.
Petit détour temporel au passage, un saut dans les années 60 avec « Hello Dolly ! » dont le thème de la musique de Jerry Herman, loin de rompre l’unité du concert, fut porté avec une telle maîtrise et un tel plaisir des musiciens qu’il provoqua de véritables frissons dans la salle.
Et quelle salle… Comble, attentive, enthousiaste. Les applaudissements nourris, rugissant parfois, ont valu à l’orchestre deux rappels amplement mérités. Jean-Paul Balsac, en présentateur spirituel, a su créer ce lien complice qui transforme un concert en moment partagé.
Le temps d’une soirée, Bacalan avait changé de latitude. Pour les 20 ans de sa construction, la salle du Point du Jour Pierre Tachou ne célébrait pas seulement un anniversaire, elle se téléportait littéralement dans le « Vieux Carré Français », cœur historique de La Nouvelle Orléans. A travers cette musique vibrante, on croyait voir les façades colorées aux balcons en fonte, sentir l’effervescence nocturne de Bourbon Street, ses clubs de Jazz débordants sur le trottoir, ses restaurants cajuns et ses bars bruyants aux cocktails redoutables.
Inutile de fermer les yeux, l’imaginaire poursuivait la balade vers le marché français, Jackson Square et ses artistes de rue, tandis que planait, majestueuse, l’ombre de la cathédrale Saint-Louis. Et au cœur de cette fresque sonore, il faut souligner la présence de Pascal Lacombe qui, chef d’orchestre émérite, s’est ce soir modestement mis au service de l’ensemble, offrant au tuba une assise solide et musicale, entièrement tournée vers le collectif.
Un public conquis, deux rappels donc, et cette sensation rare d’avoir voyagé loin sans quitter son siège. Ce soir-là, le Point du Jour Pierre Tachou n’était plus une salle de Bacalan, c’était un coin de Louisiane vivant, chaleureux, irrésistiblement swing.










