Film documentaire de Peter Webber                                                  sortie Juillet 2019

Une découverte de l’intérieur du reggae et avec lui de la Jamaïque, voici ce que propose ce documentaire tout récent.
Une voix, une guitare, un piano, des percussions, parfois des chœurs, quelques cuivres, au gré des vibrations et des moments, le collectif  Inna de Yard reprend des chansons telles qu’elles sont nées, en toute simplicité, dans les yards, les backyards, les arrière-cours de la Jamaïque dans un retour volontaire aux racines du reggae.

L’Anglais Peter Webber est un cinéaste (la Jeune fille à la perle, Hannibal Lecter) et un documentariste chevronné mais aussi un fan de longue date de musique jamaïcaine. Ce qui se passe autour et pour cette musique le passionne. Ors, depuis plus de dix ans, un label enregistre en effet de façon plus ou moins régulière, et pas sans difficultés, des légendes du reggae, dans une reprise de leur propre répertoire, enregistrés presque sans effets, dans une acoustique à ciel ouvert. Certains interprètes sont connus, d’autres plus du tout. Un devoir de mémoire mais pas seulement, une passerelle puisque bon nombre de jeunes musiciens vient prêter main forte..
Le documentaire de Peter Weber avec pour prétexte un des enregistrement d’Inna de Yard revient sur le parcours de quatre légendes:  Ken Boothe, Kiddus I, Cédric Myton, Winston McAnuff en particulier et raconte leur histoire, sur fond de jams, de répétitions et de quelques images d’archives. Sans oublier la beauté de la nature environnante… Mais il éclaire également les origines de cette musique, son ancrage dans la vie quotidienne.
Et l’on s’aperçoit à quel point tout cela est tumultueux, chaotique, avec des réussites et des effondrements. En tant qu’interprètes et musiciens, ils ont tous eu de longues traversées du désert, des malheurs personnels, des trous dus à la drogue… Leurs chansons reflétaient et reflètent toujours une réalité loin d’être facile à vivre. La pauvreté ambiante, l’insécurité sociale et politique, la criminalité des gangs, qui coûtera d’ailleurs la vie au fils de McAnuff, Matthew – ce qui donne à voir parmi les scènes les plus émouvantes du documentaire.
Le film est constitué d’interviews entrecoupées de brefs retours en arrière constitués d’archives et de séquences filmées en Jamaïque, de quelques instants glanés lors des sessions d’enregistrements et pour finir des extraits d’un concert parisien.
C’est chaleureux et émouvant comme sont chaleureuses et émouvantes ces vieilles gloires du reggae, cabossées, perchées, égarées parfois mais remplies à ras bord de musique et de fraternité.
En filigrane il y a aussi la Jamaïque, son immense pauvreté, ses immenses déséquilibres sociaux, le mouvement rastafari
et sa spiritualité Comme le dit dans le film Cedric Myton, leader des Congos faisant aussi partie de la bande Inna de Yard, “Paradoxalement, la situation économique de la Jamaïque a contribué à être l’un des moteurs de cette si bonne musique. Elle appartient à ceux qui ont peu et qui parlent à ceux qui bataillent pour survivre. On l’entend aussi dans le jazz, le blues, la soul…

La place des jeunes pousses et celle des femmes est aussi évoquée ici, représentée par Jah9, Var, Kush McAnuff et Derajah, une nouvelle génération à la fois respectueuse des traditions et en quête de sérénité.
Mais rien n’est simple, rien n’est facile. L’argent manque partout et les gangs ont la gâchette facile…

Ce documentaire est un puzzle qui reflète de façon vivante le quotidien de l’île . Que l’on s’intéresse un peu, beaucoup ou pas du tout au reggae, l’humanité qui s’en dégage est émouvante et les rythmes entêtants ne vous lâcheront plus.