Cecil L. Recchia

« Sings Django Reinhardt »

Par Philippe Desmond

Label-Ouest, sortie le 30 janvier 2026

https://www.bayardmusique.com/jazz

Cecil L. Recchia : voix, textes / Noé Huchard : piano / Raphaël Dever : contrebasse / Malo Mazurié : trompette / David Grebil : batterie, arrangements.

« Du jazz sans tambour ni trompette » disait Stéphane Grappelli en parlant de la musique de Django. Cecil L. Recchia a pris le contrepied de cette formule, « Sans guitare ni violon ». Premier pas de côté donc.

Deuxième pas de côté, Cecil a posé sur les mélodies ses propres textes – en anglais – et sa voix. Ce n’est pas son premier essai en la matière, on se souvient de son album précédent « Play Blue » où elle avait écrit des textes sur de grands standards jamais chantés. Cecil, pourquoi pas une au moins dans notre langue ?

Celle qui s’est fait une place dans le jazz vocal français depuis son premier opus en 2015, rendant hommage à Ahmad Jamal, a donc choisi un chemin insolite pour nous emmener vers les chefs d’œuvres de Django auquel la production musicale actuelle rend de nombreux hommages.

Si le premier titre, la légendaire ballade « Anouman » ne bouscule pas trop nos habitudes, le deuxième, « Mabel » – devenu « Ma Belle » – nous fait comprendre qu’il faut oublier le swing manouche et sa pompe rythmique. Nous voilà plutôt dans un premier temps à New Orleans avec une rythmique festive et une trompette joyeuse, le piano entraînant tout le monde vers du be bop énergique alors que la voix de Cecil nous parle du regard des autres et de ses travers.

Quelle surprise que cette métamorphose du sautillant « Swing 39 » – baptisé « Dear John » – avec sa première partie chantant une des facettes de l’amour en semi-ballade et que vient enflammer la trompette de Malo sur un tempo tendu. Version bucolique de « Manoir de mes rêves » dont Cecil nous fait découvrir son décor rêvé sur un rythme de valse lente. Et ainsi de suite au son de la voix nuancée et toujours placée de cette chanteuse-autrice qui confirme ainsi sa forte personnalité, faite d’audace et de respect envers l’histoire du jazz. Elle a choisi de reconduire son équipe habituelle ce qu’elle aurait eu bien tort d’oublier tant la qualité de ses quatre musiciens est remarquable, et leur entente parfaite.

Voilà donc une relecture de treize titres de Django qu’il y a deux façons d’écouter, en pensant à lui ou en l’oubliant totalement, seules ses mélodies nous tournant autour dans des adaptations très personnelles et bienvenues. Que vont penser les puristes du guitariste qui seront certainement dans la première catégorie ? Une chose est sûre, Django a laissé plus qu’une trace, un chemin, celui-ci est fort agréable.

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