Astrada de Marciac : 2 août 2021
Texte : Annie Robert
C’est une salle archicomble et attentive qui attend le quartet réuni par Airelle Besson, composé d’Isabel Sörling à la voix, Benjamin Moussay au piano et de Fabrice Moreau à la batterie.
Airelle Besson, on la connaît bien à Marciac. On l’a vu jeune sidewoman, puis leader sur la scène du bis. Et ensuite sous le chapiteau pour l’album Radio One avec ce même quartet, qui fut un vrai succès. Une soirée dont chacun se souvient comme un moment de grâce, un régal de force équilibrée et de limpidité joyeuse.
Le quartet poursuit et explore sa route dans un nouveau disque, Try! sorti en février 2021 qu’il vient nous présenter avec du retard, Covid oblige… Des tournées, des répétitions, des recherches ont créé une cohérence, une alchimie que l’on ressent dès la première note. Pas d’attente ou d’adaptation pour entrer dans leur musique. On est capté immédiatement par ces rêveries aériennes et ces échappées organiques.
En ouverture, les trois parties de The Sound of You Voice font en effet éclater la signature sonore du groupe, un vrai son, le leur, une marque de fabrique qui est reconnaissable avec ce pas de deux aérien et délicat qu’esquissent la trompette et la voix. Ces trois morceaux prennent le temps, se déploient, les instruments se répondent, se superposent, s’ envoûtent mutuellement. Un beau dialogue dans les improvisations et les échanges se noue.
La voix si unique d’Isabel Sörling qui fait souvent clivage ( franchement, plus je l’entends et plus je l’aime..) n’y est pas pour rien, elle a cette texture vocale, cette folie dans la glotte, cette liberté dans l’impro qui emporte. Sa tessiture large et sa couleur en font une sœur jumelle de la trompette. Murmures, cris étouffés, petits pizzicati vocaux vont à l’amble. Cette similitude est si troublante que parfois on ne sait plus qui est qui. La rencontre semble évidente entre les deux musiciennes. Nul doute que ces deux là vont faire un grand bout de chemin ensemble.
Airelle Besson de son côté apporte le matériel sonore, les mélodies, très présentes, les harmonies et sans doute les formes. Elle offre aussi une trompette limpide, tantôt féroce, tantôt aérienne d’une véritable beauté.
Benjamin Moussay au piano et aux claviers pose le bleu de sa palette, des impros liquides, souples et fantasques, une liberté remarquable mais aussi des constantes rassurantes parfois, en particulier un groove impeccable. Quant à Fabrice Moreau, entre ombre et lumière, entre soutien discret et subjuguante impro, il complète l’ensemble d’ un jeu délicat.
Patitoune, morceau déjanté aux interactions ludiques et à la rythmique tout en décalage était au départ au berceuse (!) qui finit en fureur des villes.
Angel’s Dance offre un solo de trompette incisif et inspiré et installe une atmosphère à la fois onirique et éclatante, des flocons blancs s’ébrouent mais aussi l’aveuglement des éclats de neige et la dureté du froid avec un long solo piano à la Einaudi.
Wild Animals est davantage libre dans la structure, la trompettiste et ses acolytes tirant le meilleur parti des silences sur ce titre au rythme heurté avec une mélodie découpée, et des envolées croisées trompette/voix.
Sur les ailes de Fly Away, se continue un voyage dans les étoiles. On décolle sans navette, portés par une rythmique propulsive, le cristal à la limite de la brisure de la voix et un piano diaphane.
Cette atmosphère intime est accentuée par un éclairage minimaliste, tout en contre jour. Ombres et lumières toujours… rêveries souvent.
Chaque morceau est un petit «concerto», totalement débarrassé des structures habituelles, avec le développement de plusieurs mélodies, plusieurs couleurs, plusieurs leads. Le groupe a lâché quelques amarres, visitant souvent les hautes sphères, une dérive bienvenue entre jazz et musique contemporaine mais sans se perdre ou perdre les auditeurs. La capitaine tient la barre au gré des vents, avec fermeté et douceur.
Seul petit reproche de la salle enthousiaste: la brièveté du concert ( 1h10) qui sera compensée par deux rappels, avec un ancien morceau joyeux et funky et une nouveauté non enregistrée, une ballade toute nouvelle et désirable.
La soirée était émouvante en diable: émotion d’Airelle Besson et de ses compères, heureux d’être sur scène, de retrouver un public, heureux de l’accueil réservé à leur création et émotion des spectateurs emportés par une musique novatrice, proche et intelligente, riche en images.
Airelle besson et son quartet jouent depuis quelques temps déjà dans la cour des grands. Ils nous le prouvent encore une fois mais on n’en doutait pas.